À travers l’histoire de Giovanni Drogo, un jeune militaire rêvant d’une gloire qui ne viendra jamais, c’est une véritable quête existentielle à laquelle nous convie Dino Buzzati. Publié en 1940 en Italie, ce roman est, en 1975, le livre de prédilection d'un certain... François Mitterrand.

Dino Buzzati devant sa bibliothèque
Dino Buzzati devant sa bibliothèque © AFP / Leemage

"Le Désert des Tartares" (extrait)

" Ce fut un matin de septembre que Giovanni Drogo, qui venait d’être promu officier, quitta la ville pour se rendre au fort Bastiani, sa première affectation.  C’était là le jour qu’il attendait depuis des années, le commencement de sa vraie vie. Maintenant, enfin,  les chambrées glaciales et le cauchemar des punitions étaient du passé.  Oui, maintenant il était officier, il allait avoir de l’argent, de jolies femmes le regarderaient peut-être, mais au fond, il s’en rendit compte, ses plus belles années, sa première jeunesse, étaient complètement terminées. Et, considérant fixement le miroir, il voyait un sourire forcé sur le visage qu’il avait en vain cherché à aimer."

Un chef d'oeuvre… où il ne se passe rien

Ainsi s’ouvre l’un des romans les plus fascinants de la littérature italienne, Le Désert des Tartares, de Dino Buzzati, publié en 1940, 1949 pour la traduction française

À travers l’histoire de Giovanni Drogo, un jeune militaire rêvant d’une gloire qui ne viendra jamais, c’est une véritable quête existentielle à laquelle nous convie l’écrivain. Récit de guerre sans bataille, récit d’aventure sans action, l’auteur signe une œuvre singulière, paradoxale, d’autant plus passionnante qu’il ne s’y passe rien ! 

Car le vrai sujet du roman n’est pas la vie de garnison, mais le passage inexorable du temps, avec son cortège de désillusions. Le vrai héros n’est pas le conquérant, mais l’homme humble qui baisse les armes et se prépare pour l’ultime épreuve de la mort.

En 1975, trois ans après la disparition de Dino Buzzati, un lecteur passionné vient faire la promotion de ce roman à la télévision, dans la célèbre émission de Bernard Pivot, Apostrophe. Ce critique littéraire inattendu, qui parle du Désert des Tartares comme d’un chef d’œuvre absolu, n’est autre que François Mitterrand, pour qui le livre est une métaphore politique... Il dit à l'antenne : 

La citadelle imprenable, c’est le socialisme. 

L’année suivante, en 1976, le livre de Dino Buzzati est immortalisé au cinéma, par le réalisateur Valerio Zurlini, qui réunit un casting exceptionnel : Jacques Perrin, Vittorio Gassmann, Max von Sydow, Philippe Noiret, Jean-Louis Trintignant, Francisco Rabal, Laurent Terzieff... 

Embarquons pour cette épopée immobile, cette illusion du présent éternel de la jeunesse, où le fantasque emprunte volontiers au fantastique... 

Références

Extraits de la traduction de Michel Arnaud aux éditions Robert Laffont. 

Une émission préparée par Estelle Gapp.

La programmation musicale 

JOVANOTTI : « Un illusione »  

JACQUES BREL : « ZANGRA »

LAMBERT WILSON : « L’ATTENTE »

La voix de Dino Buzzati est extraite des émissions suivantes  :

Variances -  12 Janvier  1971

Etranger mon ami- France Culture  04/03/1972 (interviewe réalisée  dans les années 60 )

François Mitterrand -Apostrophes 15 septembre 1978

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