Ouvrons ensemble le premier volet chronologique de la saga Bandini, signé John Fante. Une écriture imagée, pleine d'humour et d'émotion. Un voyage savoureux dans l'univers de l'Amérique des années 1920.

John Fante, écrivain américain (1909-1983)
John Fante, écrivain américain (1909-1983) © Getty / ullstein bild

Il s’appelait Arturo, mais détestait ce prénom ; il aurait aimé s’appeler John. Son nom de famille était Bandini, mais il aurait préféré Jones. Sa mère et son père étaient italiens, il les aurait voulus américains. Son père était poseur de briques, il l’eut préféré lanceur pour les Chicago Cubs. Ils habitaient Rocklin, Colorado, dix milles habitants, et il voulait habiter Denver, à trente milles de là. Son visage était couvert de taches de rousseur qu’il haïssait. Il fréquentait une école catholique, il aurait préféré une école publique. Sa petite amie s’appelait Rosa, mais elle le détestait. Enfant de chœur, il était un vrai diable et haïssait les enfants de chœur. Il voulait être bon garçon. Il s’appelait Arturo et il aimait son père, mais il vivait dans la hantise du jour où il serait assez costaud pour rosser son père. Il adorait son père, mais prenait sa mère pour une mijaurée doublée d’une idiote... 

Cette voix rageuse est celle d’Arturo Bandini, immortel héros de la saga Bandini, signée John Fante. Né en 1909 dans le Colorado, lui aussi, fils d’immigrés italiens, le romancier n’a eu de cesse de raconter la honte de sa condition et son aspiration à une vie meilleure dans son œuvre. Préférant l’école de la vie à l’université, Fante s’installe en Californie, dévore les livres, enchaîne les conquêtes et se lance dans l’écriture.

Peu connu comme romancier, il gagne sa vie grâce à son travail de scénariste pour Hollywood, influence que l’on ressent d’ailleurs dans son style imagé. C’est à Charles Bukowsky que l’on doit la redécouverte tardive de son œuvre, peu avant sa mort, dans les années quatre-vingts. Ce dernier raconte en effet son véritable coup de foudre pour les livres de John Fante, un maître dont l’écriture « avec les tripes et le cœur » fit pour lui figure de « miracle ».

Les aventures d’Arturo, looser mégalomane et attachant, aspirant à devenir un grand écrivain, se déploient au fil des romans Demande à la poussière, Rêve de Bunker Hill et La route de Los Angeles. Mais c’est _Bandini_, édité en 1938, que nous avons choisi aujourd’hui de mettre à l’honneur, car on y voit, pour ainsi dire, éclore le personnage d’Arturo. Roman plein de vie, de rage et d’amour, il confronte le fragile bonheur de l’enfance à l’implosion du couple parental, et fait de l’imaginaire, le refuge clé de son héros.

Cette fresque poignante et voluptueuse, traduite en français par Brice Mathieussant, vient d’être rééditée aux éditions 10-18

La playlist de l'émission:

  • FRANK SINATRA : « Just one of those things »
  • TOM WAITS : « Picking up after you »
  • PIERO SIDOTI : « Bobby e il ballerino »

Avec les archives de l'INA:

  • Brice Matthieussent, (traducteur français de John Fante) extrait de : "_Pour ainsi dire",  _1er juillet 1987, interview Jean Daive
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