ANDROMAQUE : Aimes-tu la guerre ?

HECTOR : Pourquoi cette question ?

ANDROMAQUE : Avoue que certains jours tu l’aimes.

HECTOR : Si l’on aime ce qui vous délivre de l’espoir, du bonheur, des êtres les plus chers… Si l’on se laisse séduire par cette petite délégation que les dieux vous donnent à l’instant du combat…

ANDROMAQUE : Ah ? Tu te sens un dieu, à l’instant du combat ?

HECTOR : Très souvent moins qu’un homme… Mais parfois, à certains matins, on se relève du sol allégé, étonné, mué. Le corps, les armes ont un autre poids, sont d’un autre alliage. On est invulnérable. Une tendresse vous envahit, vous submerge, la variété de tendresse des batailles : on est tendre parce on est impitoyable ; ce doit être en effet la tendresse des dieux. On avance vers l’ennemi lentement, presque distraitement, mais tendrement. Et l’on évite aussi d’écraser le scarabée. Et l’on chasse le moustique sans l’abattre. Jamais l’homme n’a plus respecté la vie sur son passage… Puis l’adversaire arrive, écumant, terrible. On a pitié de lui, on voit en lui, derrière sa bave et ses yeux blancs, toute l’impuissance et tout le dévouement du pauvre fonctionnaire humain qu’il est, du pauvre amateur de raki et d’olives qu’il est. On a de l’amour pour lui. On aime sa verrue sur la joue, sa taie dans son œil. On l’aime… Mais il insiste… Alors on le tue.

C’était un extrait de La guerre de Troie n’aura pas lieu , l’une des pièces les plus célèbres du répertoire français, mais celle que son auteur, Jean Giraudoux , appréciait le moins…

Jean Giraudoux
Jean Giraudoux © Domaine public

Quelques années avant le déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale, Giraudoux reprend le fameux épisode d’Homère et le brandit comme un bouclier face à la menace allemande…

S’il sait que le conflit est inévitable, il croit aussi au pouvoir de la littérature qui, seule, peut souligner l’absurdité de la guerre.

Une femme est au centre de cette « tragédie bourgeoise » : c’est la très belle Hélène, fille de Zeus et Léda, et épouse du roi Ménélas. Elle a été enlevée par Pâris, ce qui va déclencher une bataille sanglante entre les Grecs et les Troyens…

Cette même figure de la féminité, aussi mystérieuse que dangereuse, est présente dans deux des autres pièces de Giraudoux : Electre, et bien sûr Ondine , que nous allons parcourir ce soir…

Après Jean Anouilh la semaine dernière, découvrons donc cet autre grand dramaturge de l’entre-deux guerres, qui fut aussi romancier et scénariste…

Et pour lire ces textes, j’ai l’immense plaisir d’accueillir Sara Giraudeau

Avec des extraits de:

La Guerre de Troie n'aura pas lieu : Acte I Scène 8 ; Acte II Scène 5Electre : Acte I Scène 8 ; Acte II Scène 6Ondine: Acte I, Scène 5; Acte III Scène 5

Avec les voix de Louis Jouvet, Jean Giraudoux, Jean Cocteau (Archives INA)

Programmation musicale :

-Mozart, L'Air d'Electre

-Michèle Arnaud, La Chanson de Tessa

Les invités
L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.