Nous voici maintenant prêts à attaquer Dickens. Nous voici maintenant prêts à embrasser Dickens. Nous nous soumettons d’emblée à la voix de Dickens, c’est tout. Il n’y a rien à faire lorsqu’on lit Dickens, sinon se détendre et laisser faire la moelle épinière. Bien que nous lisions avec notre esprit, le siège du plaisir artistique se situe entre les deux omoplates. Ce petit frisson dans le dos est, sans doute aucun, la plus haute forme d’émotion à laquelle a atteint l’humanité lorsqu’elle a découvert l’art pur. Si nous ne sommes pas capables de savourer ce frisson, si nous ne savons pas savourer la littérature, alors laissons tomber, et concentrons-nous sur nos bandes-dessinées, nos téléfilms, nos livres de la semaine. Mais je crois que Dickens se révélera le plus fort.

Cet homme qui « frissonne » à la lecture de Dickens n’est autre qu’un grand romancier américain du XXe siècle : Vladimir Nabokov. Ainsi commence le cours de littérature qu’il donne à la prestigieuse université de Cornell, dans l’état de New York, au début des années 1950. Il n’a pas encore écrit son chef d’œuvre, Lolita , qui paraîtra en 1955.

Le chef d'oeuvre de Dickens
Le chef d'oeuvre de Dickens © Radio France

Ce soir, à l’invitation de Nabokov, plongeons-nous dans la lecture de l’un des plus beaux livres de Charles Dickens : Les Grandes espérances , roman de la maturité, publié sous forme de feuilleton en 1860.

Auteur emblématique de l’Angleterre victorienne, Charles Dickens est devenu célèbre avec son premier roman d’apprentissage, Oliver Twist , paru en 1837 . Dix ans plus tard, il écrit son premier roman autobiographique à la première personne,David Copperfield .

Vingt ans plus tard, avec Les Grandes espérances , il revient, pour la seconde fois, sur son enfance pauvre vécue dans la région de Rochester, au sud-est de Londres, une ville portuaire où, petit garçon, il voit passer les navires-prisons chargés de bagnards, condamnés à la déportation.

Ce soir, suivons donc les aventures d’un jeune apprenti forgeron, que le destin semble promettre à un bel avenir , s’il n’était pas hanté par la peur des fantômes, et la peur des remords…

Extraits de la traduction de Charles-Bernard Derosnes et Emmanuelle Vial , parue en 1997 aux éditions Omnibus .

Avec la voix du réalisateur Claude Santelli (Archives Ina)

Programmation musicale :

  • Elbow, Great Expectations

    • Kiri te Kanawa, I saw no shadow of another parting (aria)
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