Un matin, je commençai à dessiner un visage. De quel genre de visage s’agirait-il ? Je l’ignorais et ne m’en souciais pas. Je pris un crayon noir tendre, lui donnai une pointe épaisse et me mis à l’ouvrage. J’eus bientôt tracé sur le papier un grand front saillant et une esquisse carrée du bas d’un visage. Ce contour me plut ; mes doigts continuèrent fiévreusement à en compléter les traits. A la base de ce front, il fallait placer de forts sourcils bien marqués à l’horizontale ; puis vint naturellement un nez bien dessiné à l’arête droite, aux narines pleines ; ensuite, une bouche mobile et surtout pas mince ; un menton ferme nettement marqué en son milieu par une fossette ; bien sûr, il fallait des favoris noirs et des cheveux de jais ramenés sur les tempes et ondulés au-dessus du front. Et maintenant les yeux. Je les avais laissés pour la fin car c’étaient ceux qui exigeaient le plus de soin. Je les fis grands. Puis j’accentuai les ombres pour que les blancs parussent plus éclatants. Voilà, j’avais le visage d’un ami sous les yeux. Je regardai ce visage et souris à ce portrait. ‘Est-ce le portrait d’une connaissance ? ’ demanda Eliza qui s’était approchée discrètement. Je répondis que c’était seulement une tête imaginaire et je le glissai prestement sous les autres feuilles. C’était bien évidemment un mensonge. C’était en fait une image très fidèle de Mr Rochester.

Cette jeune fille qui s’applique à dessiner le visage de celui qu’elle aime s’appelle Jane Eyre. C’est l’héroïne du premier roman de Charlotte Brontë , paru en 1847 sous le pseudonyme masculin de Currer Bell.

Portrait de Charlotte Brontë, Evert A. Duyckinick, 1873
Portrait de Charlotte Brontë, Evert A. Duyckinick, 1873 © Wikimédia - Commons - domaine public

Avec ce livre, la romancière en herbe abandonne le monde imaginaire de son enfance pour raconter la destinée semée d’embuches d’une jeune orpheline…

Indépendante, passionnée, mais aussi révoltée contre l’ordre familial et bourgeois, Jane Eyre croise un jour le chemin de Mr Rochester, le propriétaire d’un grand château. Elle devient la gouvernante de sa pupille, la jeune Adèle, et apprend à vivre aux côtés de son mystérieux maître…

Le roman à l’époque rencontre un franc succès, et le public s’interroge : qui est ce mystérieux auteur, Currer Bell ? d’où vient-il ? est-ce vraiment un homme qui se cache derrière cette histoire passionnée ?

Tous ces questionnements amusent beaucoup la jeune Charlotte Brontë, qui écrit en cachette depuis longtemps, et dont on reconnaît enfin les qualités d’écriture…

Avec les extraits suivants :

Chapitre II

Chapitre VII

Chapitre XII

Chapitre XVI

Chapitre XXVI

Chapitre XXVIII

Chapitre XXXVII

Programmation musicale :

LAURENT VOULZY : "Ma seule amour"DOYLE AND ALTMAN : "Only for a while"

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