Il aura fallu la tragédie du mois de janvier pour que la classe politique convienne que la culture et l'éducation sont l'espoir de la France. Qu'en reste-t-il ? La culture sera-t-elle demain cette éducation citoyenne de l'adulte qui changerait réellement le lien social ? (…)

Artistes, spectateurs, citoyens, notre tâche est grande car il ne s’agit plus seulement de préserver une part de culture dans la rapacité des temps marchands, mais de faire entrer la culture dans un projet de société qui n’existera pas sans elle. Le mot de politique lui-même, il nous appartient de lui redonner des lettres de noblesse et un avenir (…)

Quelle belle idée de penser que l'immense mouvement qui a réuni la France a finalement convergé vers cette formule parfaite : « je suis l'autre » . C'est, dans le phénomène humain, le plus grand mystère et la plus grande nécessité. On imagine l'artiste narcissique, mais sa liberté inaliénable n'existerait pas si elle n'était tournée vers une altérité habillée d'or, vers une ivresse d'échapper à soi-même, de connaître tous les destins et en particulier de ceux qui n'ont pas la parole.

Avignon ouvre son champ utopique à la manière d'une question incessante : avons-nous renoncé à un monde meilleur ?

C’est par ces mots engagés d'Olivier Py , véritable déclaration d’amour pour l’art et culture, que s’ouvrira la prochaine édition du Festival d’Avignon, du 4 au 25 juillet.

Une édition placée sous le signe du « politique » au sens fort, celui d’une rencontre avec « l’Autre » : « qu’il soit l’Etranger, la Femme, le Voyageur, le Proscrit ou l’Oublié », précise Olivier Py. Autant de figures qui traversent la création actuelle, et qui font la richesse de cette seconde programmation, tant attendue, du directeur d’Avignon.

Cette ouverture fondamentale à l’altérité passe par une réflexion sur le langage, l’un des thèmes de cette 69e édition, qui met à l’honneur la langue de Shakespeare , avec trois pièces au programme : Le Roi Lear , monté par Olivier Py , dans sa propre traduction ; mais aussi Richard III , par le grand metteur en scène allemand, Thomas Ostermeier ; et Antoine et Cléôpatre , par le metteur en scène portugais,Tiago Rodriguès .

Si Shakespeare tient le haut de l’affiche, les auteurs contemporains seront également au rendez-vous : les romanciers Laurent Mauvignier, Kamel Daoud, ainsi que les dramaturges Valère Novarina et Olivier Saccomano .

Ce soir, pour notre dernière émission de la saison, découvrons donc, en avant-première, quelques-unes de ces « voix » qui vont faire vibrer la Cité des Papes… Je serai accompagné par un jeune comédien au talent exceptionnel : bonsoir, Cédric Michel

Avec les extraits suivants :

  1. Le Roi Lear , Shakespeare : scène d'ouverture ( traduction d'Olivier Py, éditions Actes Sud) , dans une mise en scène deOlivier Py , du 4 au 13 juillet, dans la Cour d'Honneur du Palais des Papes

  2. La tragédie de Richard III , Shakeapeare : Acte I, Scène 3 (traduction de Jean-Michel Desprats, collection Pléiade, Gallimard), dans une mise en scène deThomas Ostermeier , du 6 au 18 juillet à l'Opéra d'Avignon

  3. Des arbres à abattre , Thomas Bernhard (Gallimard, 1987, traduction de Bernard Kreiss) , dans une mise en scène de Krystian Lupa , du 4 au 8 juillet à la Fabrica

  4. La Trilogie du Revoir , Botho Strauss (Gallimard, 1982, traduction de Claude Porcell) , dans une mise en scène de Benjamin Porée , du 21 au 25 juillet au Gymnase du Lycée Aubanel

  5. Meursault, contre-enquête, Kamel Daoud (Actes sud, 2014), dans une mise en scène de Philippe Berling , du 16 au 25 juillet au Théâtre Benoît-XII

6.Retour à Berratham , Laurent Mauvignier (éditions de Minuit) , dans une chorégraphie de Angelin Preljocaj , du 17 au 25 juillet dans la Cour d'Honneur du Palais des Papes

  1. Soudain la nuit , Olivier Saccomano (Les Solitaires intempestifs) , par la Cie du Zieu, dans une mise en scène de Nathalie Garraud , du 5 au 12 juillet au Gymnase du Lycée Mistral, avec le comédien Cédric Michel

  2. Le Vivier des noms , Valère Novarina (éditions P.O.L.) , dans une mise en scène de l'auteur, du 5 au 12 juillet au Cloître des Carmes

  3. Cassandre , Christa Wolf (éditions Stock, traduction d'Alain Lance), lecture par Fanny Ardant , le 22 juillet à l'Opéra d'Avignon

Avec les voix de Olivier Py, Valère Novarina, Kamel Daoud (Archives Ina)

Programmation musicale :

-Madeleine Peyroux, Ophelia

-Ben Harper, Learn it all again tomorrow

A partir du 27 juin, chaque week-end de l'été, le samedi et dimanche à 12h, je vous invite à réécouter une sélection des émissions "ça peut pas faire de mal"...

Et retrouvez-moi chaque matin à 7h55 dans le grand feuilleton, "Un été avec Hugo", préparé par Laura El Makki.

Bel été sur France Inter!

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