Guillaume Gallienne nous invite à une relecture intime de l’Histoire algérienne. Et si quelques voyageuses s’invitent à bord, nous serons surtout en famille, et à hauteur d’enfant…

Porte ornée de la mosquée de la casbah d'Alger
Porte ornée de la mosquée de la casbah d'Alger © Getty / Djihad Turki / EyeEm

Extrait de Nedjma, de Kateb Yacine

De Constantine à Bône, de Bône à Constantine, voyage une femme… C’est comme si elle n’était plus : on ne la voit que dans un train ou une calèche, et ceux qui la connaissent ne la distinguent plus parmi les passantes ; ce n’est plus qu’une lueur exaspérée d’automne, une citée traquée qui se ferme au désastre ; elle est voilée de noir. Un nègre l’accompagne, son gardien semble-t-il… Elle voyage parfois sous sa garde, voilée de noir à présent, de Bône à Constantine, de Constantine à Bône.

Nedjma et l'Algérie

Cette belle et mystérieuse vision, on la doit à Kateb Yacine, écrivain et journaliste algérien, né en 1929 et décédé en 1989. Son roman Nedjma, dont je viens de vous lire un extrait, est l’un des textes fondateurs de la littérature algérienne de langue française. « Nedjma » - « l’Etoile » en arabe –, c’est le nom de cette héroïne fascinante et tragique... Berbère par son père, française par sa mère, objet de toutes les convoitises, Nedjma incarne à elle seule l’Algérie, son histoire métissée et son destin tortueux.

Kateb Yacine n’a que 27 ans quand il publie cette œuvre incandescente. Nous sommes en 1956, en pleine guerre d’Algérie ; le pays est déchiré. Militant pour l’indépendance, le jeune écrivain de Constantine révèle dans son roman une Algérie complexe et méconnue, qui échappe aux idéologies.

Dans le sillage de l’Indépendance, d’autres voix algériennes ont donné à entendre les richesses et les contradictions de leur pays ; tantôt en arabe – la langue officielle depuis 1963 –, tantôt en français. Beaucoup, justement, interrogent le rapport à la langue et à l’identité ; et mettent en scène l’Histoire récente de l’Algérie.

Ce soir, je vous propose de découvrir quelques-unes de ces voix remarquables. Celles des aînés : Mohammed Dib, Assia Djebar ; et celles, tout proches de nous, de Leïla Sebbar, Boualem Sansal, Fayçal Ouaret et Kamel Daoud.

Tous nous invitent à une relecture intime de l’Histoire algérienne, à la première personne. Et si quelques voyageuses s’invitent à bord, nous serons surtout en famille, et à hauteur d’enfant, pour mieux interroger le monde.

Avec les extraits suivants :

  • Nedjma, de Kateb Yacine
  • Terres noires, de Fayçal Ouaret, éditions Alpha, 2006
  • La Disparition de la langue française, d'Assia Djebar, éditions Albin Michel, 2003
  • Rue Darwin, de Boualem Sansal, éditions Gallimard, 2011
  • Meursault, contre-enquête, de Kamel Daoud, éditions Actes Sud, 2014
  • Mes Algéries en France, de Leïla Sebbar, éditions Bleu autour, 2004
  • Ombre gardienne, de Mohammed Dib, éditions de la Différence, 1960

Disques :

  • Idir et Charles Aznavour : "La Bohème"
  • Bachar Mar-Khalifé : "Ya Nas"
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