Partons sur les pistes de l'Indochine coloniale, dans les années 1920, où un frère et une sœur rêvent d'amour et d'évasion

L'écrivain français Marguerite Duras pose pour le photographe, au début des années cinquante, à son domicile parisien.
L'écrivain français Marguerite Duras pose pour le photographe, au début des années cinquante, à son domicile parisien. © AFP / STF

Extrait de “Un barrage contre le Pacifique”, le roman mythique de Marguerite Duras.

Joseph replongeait dans la rivière, suivi par les enfants. Suzanne ne nageait pas aussi bien que lui. De temps en temps, elle sortait de l’eau, s’asseyait sur la berge et regardait la piste de poussière qui donnait, beaucoup plus loin, vers la ville, la plus grande ville de la colonie, à huit cents kilomètres de là. Le jour viendrait où une automobile s’arrêterait enfin devant le bungalow. Toutes les dix minutes à peu près, la mère levait la tête au-dessus des plantations, gesticulait dans leur direction, et criait. Tant qu’ils étaient ensemble, elle ne s’approchait pas. Elle se contentait de gueuler. Depuis l’écroulement des barrages, elle ne pouvait presque rien essayer de dire sans se mettre à gueuler.

Ce paysage de mousson, écrasé de moiteur, est le décor d’un célèbre roman qui a révélé l’une des grandes plumes de la seconde moitié du XXe siècle : Marguerite Donnadieu, dite Marguerite Duras, née en 1914 à Saïgon, et décédée en 1996, à Paris. 

En 1950, en pleine guerre d’Indochine, l’auteur publie ce magnifique roman, Un Barrage contre le Pacifique, récit à la fois intime et engagé, qui évoque sa jeunesse passée au Cambodge, auprès d’une mère, ancienne institutrice, qui a cru au rêve colonial. Publié l’année même où sa mère est contrainte de rentrer en France, le livre est aussi un réquisitoire contre l’exploitation des indigènes par l’administration impérialiste.

Après Les Impudents et La Vie tranquille, ce troisième roman de Marguerite Duras présente, pour la première fois, les personnages qui lui sont particulièrement chers, et qui réapparaîtront, trente-quatre ans plus tard, dans l’oeuvre qui lui apportera une reconnaissance internationale : L’Amant, inoubliable et polémique prix Goncourt en 1984. 

Remontons le cours du temps, et ouvrons cette page d’Histoire, en compagnie de la « famille » de la romancière : nous ferons connaissance de la de la mère, bien sûr ; du frère, Joseph ; de Suzanne, la troublante jeune fille ; sans oublier un mystérieux M. Jo, futur Amant de la Chine du Nord ...

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