C'est l'un des livres préférés de Daniel Pennac. Ouvrons ce court roman du grand écrivain américain, devenu le symbole de la résistance passive à l'époque de la bureaucratie naissante...Bienvenue à Wall Street, en 1850, royaume des copistes et des affairistes...

Hermann Melville
Hermann Melville © Getty / ullstein bild Dtl.

Gilles Deleuze à propos de "Bartleby le Scribe"

« Bartleby n’est pas une métaphore de l’écrivain, ni le symbole de quoi que ce soit. C’est un texte violemment comique, et le comique est toujours littéral. Et ce qu’il dit et répète, c’est « I would prefer not to », « Je préférerais ne pas ». C’est la formule de sa gloire, et chaque lecteur amoureux la répète à son tour.  Bartleby est l’homme sans référence, sans possessions, sans qualités, sans particularités : iSans passé ni futur, il est instantané. « I prefer not to » est la formule chimique ou alchimique de Bartleby. C’est tout le XXe siècle qui sera traversé par cette recherche de l’homme sans nom, Ulysse des temps modernes ; l’homme écrasé et mécanisé des grandes métropoles, mais dont on attend, peut-être, qu’il en sorte l’Homme de l’avenir ou l’Homme d’un nouveau monde. »

"Bartleby le Scribe"

Cet étrange personnage, prophète ou fou, est le héros d’une nouvelle du grand romancier américain Hermann Melville : Bartleby le Scribe, publiée en 1853.  

Rédigé peu après Moby Dick, son grand récit d’aventures, ce court texte interroge les limites du langage, comme si l’écrivain était lui-même parvenu aux limites de l’écriture. À la fin de sa vie, il crée un personnage atteint d’une autre forme de « mutisme », comme une paralysie de la langue : le bégaiement. Ce héros donnera son nom à sa dernière nouvelle, Billy Budd. 

Cette exploration de la littérature comme tentative d’épuisement du langage, est l’analyse qu’en propose un lecteur passionné de Bartleby : le philosophe français Gilles Deleuze, dont je vous ai lu un extrait en ouverture de cette émission.

Employé en qualité de copiste dans un cabinet juridique, Bartleby en vient peu à peu à ne prononcer qu’une seule phrase, énigmatique : « I would prefer not to », « Je préférerais ne pas… » ou « J’aimerais mieux pas ». 

Au-delà de l’absurdité des tâches administratives, son attitude critique le processus d’aliénation par le travail, propre aux sociétés industrielles. A travers cette petite phrase en apparence inoffensive, c’est toute la logique productiviste du XIXe siècle qui vacille dans ses fondements rationnels.

Ce soir, partons à la rencontre de Bartleby, employé modèle devenu, pour de nombreux admirateurs, le symbole de la résistance passive. Plus qu’une satire de la vie de bureau, c’est une véritable fable sur la condition humaine que nous donne à lire Melville... 

Extraits de la traduction de Michèle Causse aux éditions Garnier-Flammarion. 

Une émission préparée par Estelle Gapp.

Programmation musicale :

Loulou, de William Sheller

Mes lèvres, de Raphaëlle Lannadère 

Les extraits sonores   : 

Mathieu Lindon La compagnie des auteurs   11/02/2016

Daniel Pennac A voix nue : grands entretiens d'hier et d'aujourd'hui 06/01/2017  ;   Studio théâtre 14/02/2009

Philippe Jaworski  Du jour au lendemain 18/06/2010

Extrait  du film Bartleby  de Maurice Ronet avec Michael Lonsdale,  

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