Tout bien réfléchi, elles étaient plutôt minces, les raisons qui pouvaient me porter à faire imprimer ma version italienne d’une obscure version néo-gothique française d’une édition latine du XVIIe siècle d’un ouvrage écrit en latin par un moine allemand vers la fin du XIVe siècle.

Pour conclure, je suis plein de doutes. Je ne sais vraiment pas pourquoi je me suis décidé à prendre mon courage à deux mains pour présenter comme s’il était authentique le manuscrit d’Adso de Melk. Disons : un geste d’énamouré.

C’est ainsi qu’à présent je me sens libre de raconter, par simple goût fabulateur, l’histoire d’Adso de Melk, et que j’éprouve réconfort et consolation à la retrouver si incommensurablement éloignée dans le temps, si glorieusement dénuée de rapport avec les temps où nous vivons, intemporellement étrangère à nos espérances et à nos certitudes. Parce que c’est là une histoire de livres, non de misères quotidiennes...

Peut-on écrire un chef d’œuvre par bravade, comme une croisade pour la liberté et l’amour des belles lettres ? Par la volonté de se démarquer de son époque, et se revendiquer, comme Nietzsche, un penseur « intempestif » ? Telle semble être la motivation, pleine d’esprit et d’ironie, de l’un des plus grands intellectuels européen, hélas disparu au mois de février dernier : l’italien Umberto Eco .

Le nom de la Rose, de Umberto Eco
Le nom de la Rose, de Umberto Eco © Editions Grasset, 1982

Philosophe de formation, spécialiste de l’interprétation des signes et du langage, l’écrivain reste une énigme à lui seul : comment parvient-il, dans son œuvre si éclectique, mêlant essais, romans et cours magistraux, à concilier érudition et littérature populaire, humanisme et humour ?

Notre émission rend hommage à ce grand personnage des lettres italiennes, surnommé « l’homme-bibliothèque » , amoureux des livres et de leur histoire, passionné par l’écriture et l’éternel recommencement du Verbe. C’est en 1980, à l’âge de 48 ans, que le professeur de sémiotique signe son premier roman, un polar médiéval , qui devient aussitôt un best-seller mondial .

Ce soir, parcourons ce chef d’œuvre d’érudition et de suspens, écrit par amour du geste et de la geste médiévale : Le Nom de la Rose , dont le titre ne s’éclairera qu’à la toute dernière ligne de l’ouvrage...

Extraits de la traduction de Jean-Noël Schifano , publiée aux éditions Grasset en 1980.

Avec la voix d'Umberto Eco (Archives INA)

Programmation musicale :

- Andreas Sholl, Welcome to all the pleasures : Here the deities approve - ode pour haute-contre et orchestre de Purcell

  • Sting, Lullaby for an anxious child
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