Rediffusion

J'ai voulu peindre la déchéance fatale d'une famille ouvrière, dans le milieu empesté de nos faubourgs. Au bout de l'ivrognerie et de la fainéantise, il y a le relâchement des liens de la famille, les ordures de la promiscuité, l'oubli progressif des sentiments honnêtes, puis comme dénouement la honte et la mort. C'est la morale en action, simplement.

L'Assommoir est à coup sûr le plus chaste de mes livres. Souvent j'ai dû toucher à des plaies autrement épouvantables. La forme seule a effaré. On s'est fâché contre les mots. Mon crime est d'avoir eu la langue du peuple. Personne n'a entrevu que ma volonté était de faire un travail purement philologique, que je crois d'un vif intérêt historique et social.

Je ne me défends pas d'ailleurs. Mon oeuvre me défendra. C'est une oeuvre de vérité, le premier roman sur le peuple, qui ne mente pas et qui ait l'odeur du peuple.

C'était un extrait de la préface qu'Emile Zola ajouta en 1877 à l'édition d'un des sommets de son oeuvre, L'Assommoir , 7e des 20 tomes que comprend l'immense saga des Rougon-Macquar t ...

Autoportrait au béret, Emile Zola, 1902
Autoportrait au béret, Emile Zola, 1902 © Radio France

L'ouvrage a d'abord paru en feuilleton, rencontrant à la fois la succès et la polémique.

Zola y emprunte le langage des faubourgs pour raconter l'existence tragique, sous le Second Empire, d'un couple d'ouvriers dans les tréfonds du Paris pauvre. A ceux qui lui reprochent ses mots trop crus, sa vision trop noire, immorale, il répond quetout est vrai.

Il s'est considérablement documenté pour écrire L'Assommoir . Il a voulu y dire la vérité sur le monde ouvrier, faire connaître sa réalité à ceux tentés de la nier ou de l'idéaliser. "Et il ne faut pas conclure, dit-il encore dans sa Préface, que le peuple tout entier est mauvais. Car mes personnages ne sont pas mauvais, ils ne sont qu'ignorants et gâtés par le milieu de rude besogne et de misère où ils vivent".

Après les aventures d'Aristide Rougon la semaine dernière dans La Curée , voici donc l'autre versant de la lignée maudite à travers le destin de Gervaise Macquart , belle blonde et triste héroïne de L'Assommoir. ..

Avec la voix de Colette (Archives Ina)

Et des extraits du film "Gervaise" de René Clément (1956)

Programmation musicale :

  • Madeleine Peyroux, Weary Blues

- Kent, C'est peut-être

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