L’artiste est celui qui crée des choses de beauté.

Révéler l’art et dissimuler l’artiste, tel est le but de l’art.

Il n’existe pas de livres moraux ou immoraux. Les livres sont bien écrits ou mal écrits. C’est tout.

L’artiste n’a pas de préférences morales.

L’artiste n’est jamais morbide. L’artiste peut tout exprimer.

Le vice et la vertu sont, pour l’artiste, le matériau de son art.

Du point de vue de la forme, l’art du musicien est typique de tous les arts. Du point de vue de l’émotion, c’est le métier de comédien qui est typique.

Des opinions différentes au sujet d’une œuvre d’art montrent que cette œuvre est neuve, complexe, vitale. Quand les critiques ne sont pas d’accord entre eux, l’artiste est en accord avec lui-même.

On peut pardonner à l’homme d’accomplir une œuvre utile à condition qu’il ne l’admire pas. La seule excuse d’une œuvre inutile est qu’on l’admire intensément.

Tout art est complètement inutile.

Ces aphorismes au ton provocateur sont les réponses d’un grand auteur de la seconde moitié du XIXe siècle aux critiques qui se sont déchaînées contre son seul et unique roman : Le Portrait de Dorian Gray , l’œuvre la plus célèbre et la plus controversée d’Oscar Wilde.

Oscar Wilde
Oscar Wilde © domaine public 1882

Né à Dublin en 1854, l’écrivain publie d’abord des poèmes, puis se fait connaître comme dramaturge sur les scènes de Londres. Il voyage ensuite aux Etats-Unis, où il donne des conférences sur l’art. Il aurait dit, lors de son passage à la douane : «Je n’ai rien à déclarer excepté mon génie » . C’est d’ailleurs un Américain, rédacteur en chef du Lippincott’s Magazine , qui lui commande un texte pour sa revue : ce sera Le Portrait de Dorian Gray.

Dès sa première publication en juin 1890, la presse s’envenime : « Le Portrait de Dorian Gray est du faux art ; il est faux pour la nature humaine, car son héros est un monstre ; Monsieur Wilde a de l’esprit, de l’art, du style, mais s’il ne peut écrire que pour les nobles hors-la-loi et les petits télégraphistes pervertis, plutôt il prendra le métier de tailleur, mieux cela vaudra pour sa réputation personnelle et pour la moralité publique. »

En pleine époque victorienne, le roman d’Oscar Wilde choque par son éloge de l’homosexualité et par les mœurs immorales de son héros, un jeune dandy narcissique et orgueilleux, qui, comme Faust, vend son âme au diable en échange de la jeunesse éternelle.

Curieusement, l’œuvre précède le scandale : c’est l’année suivante, en 1891, année de la seconde publication du récit sous forme de livre, qu’Oscar Wilde rencontre Lord Alfred Douglas , qui devient son amant. Leurs relations tumultueuses attisent la polémique. En 1895, le père d’Alfred Douglas, le marquis de Queensbury , intente un procès à Oscar Wilde, qui est condamné à deux ans de prison. Humilié et anéanti, l’écrivain vit ensuite une vie d’errance et de misère. Il meurt à Paris en 1900.

Ce soir, feuilletons quelques pages du Portrait de Dorian Gray, ce roman, à l’image de son héros, à la fois lumineux et sombre, au propos prémonitoire, conduisant un beau jeune homme au crime…

Extraits de la traduction de Vladimir Volkoff , édition Le livre de Poche (2001)

Avec la voix de Merlin Holland , petit-fils d'Oscar Wilde (Archives Ina)

Programmation musicale :

Alain Chamfort et Elodie Frégé : L'ennemi dans la glace Sting :Cold Song

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