Souviens-toi, Libby, mon amour, c’était un hiver comme la terre n’en avait jamais porté. Il venait depuis le plus profond du ciel une multitude de petites fleurs scintillantes, aigües et miroitantes, toutes en belle laine blanche. Mille et mille étoiles de terre, éblouissantes et immaculées. La première neige. Venue pour nous. Pour toi et moi. Depuis le plus lointain du ciel. Si céleste et si douloureuse, que plus jamais la terre n’en verra de pareille. Souviens-toi, Libby, mon amour… (...) Je reprends à mon compte la rage froide de nos jours affamés. Je suis seul et pauvre. Comme toujours. Je vais dire notre histoire. Et les autres. Mon cancer à moi, c’est la mémoire.

Cette oraison funèbre, à la mémoire de ses compagnons de misère, est l’œuvre d’un écrivain d’origine italienne, né à Turin en 1928, mort en France en 1994, il y a tout juste vingt ans : Louis Calaferte . Auteur de théâtre et de nouvelles érotiques qui lui ont valu une réputation sulfureuse, Calaferte a connu le succès dès ses deux premiers romans : Requiem des innocents , publié en 1952, et Partage des vivants , publié en 1953 , dont nous venons d’entendre les premières pages.

Le chef d'oeuvre de Calaferte
Le chef d'oeuvre de Calaferte © Radio France

Dans ces récits bouleversants de cruauté et de lucidité, l’écrivain raconte son enfance terrible dans un ghetto de Lyon, qu’il appelle « la zone ». Sans jamais situer son récit dans le temps, le narrateur évoque son âge, 13 ans, ce qui nous amène en 1941. Cette description de la « zone », peuplée de nombreux réfugiés qui ont fui leur pays, pourrait aussi se lire comme une vision « en creux» de la guerre, à travers les yeux d’un adolescent, qui jamais n’évoque la politique ou le conflit, trop occupé à survivre.

Vingt-cinq ans plus tard, dans son journal intime, Louis Calaferte renie ces œuvres écrites avec la rage de ses vingt ans : « S’il y a deux livres que j’abomine, ce sont les deux premiers, que je verrais disparaître avec plaisir ». Aujourd’hui, ils sont considérés comme des chefs d’œuvre, deux cris de révolte déchirants contre l’injustice du monde moderne, qui a volé à l’auteur ses deux passions de jeunesse : l’amitié pour un garçon et l’amour d’une femme…

Ce soir, parcourons quelques pages de ces récits sombres et sublimes, après lesquels Calaferte n’écrira plus rien pendant dix ans....

Et pour m’accompagner dans ces chroniques d’une mort annoncée, j’ai le plaisir d’accueillir, pour la seconde fois, une amie et magnifique comédienne : bonsoir, Pascale Arbillot

Avec la voix de Louis Calaferte (Archive INA)

Programmation musicale :

Keren Ann,Forward and Reverse

Johnette Napolitano, Suicide Note

A ne pas manquer !

la semaine prochaine, émission spéciale en direct et public depuis le studio 106, de 18h à 19h

dans le cadre de l'évènement "Radio France fête le Livre" Guillaume Gallienne lira des extraits de l'essai"Sur la lecture" de Marcel Proust, et sera accompagné au piano par Philippe Bianconi , grand interprète de Debussy.

A l'issue de l'émission, Guillaume Gallienne dédicacera lelivre-Cd "ça peut pas faire de mal", co-édité par Radio-France et Gallimard. Entrée libre et gratuite, dans la limite des places disponibles, sur réservation sur le site : maisondelaradio.fr ou en cliquant ICI

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