Le talent est une question de quantité. Le talent, ce n’est pas d’écrire une page : c’est d’en écrire trois cent. Il n’est pas de roman qu’une intelligence ordinaire ne puisse concevoir, pas de phrase si belle qu’elle soit qu’un débutant ne puisse construire. Reste la plume à soulever, l’action de régler son papier, de patiemment l’emplir. Les forts n’hésitent pas. Ils s’attablent, ils sueront. Ils iront au bout. Ils épuiseront l’encre, ils useront le papier. Cela seul les différencie, les hommes de talent, des lâches qui ne commenceront jamais. En littérature, il n’y a que des bœufs. Les génies sont les plus gros, ceux qui peinent dix-huit heures par jour d’une manière infatigable. La gloire est un effort constant.

La gloire, le talent et le génie furent les obsessions constantes de Jules Renard , l’auteur de Poil de carotte évidemment, mais surtout d’un Journal bouleversant que nous allons lire ce soir…

Né en 1864, Jules Renard grandit dans la Nièvre, à Chitry, une ville dont il sera longtemps le maire. C’est le petit dernier de la famille, l’enfant de trop, qui a des rêves d’artiste. Alors il monte à Paris, passe son bac, épouse Marinette et commence à écrire dans les journaux. Très vite, il se fait un nom et côtoie le beau monde : Sacha Guitry, Sarah Bernhard, Léon Daudet, Edmond Rostand et tant d’autres. On aime son ironie et sa répartie qu’il exerce chaque jour en public, mais on connaît moins sa tendresse, celle qui est si présente dans un carnet tenu secret jusqu’à sa mort, en 1910…

Penser, c'est chercher des clairières dans une forêt. Si vous connaissez la vie, donnez moi son adresse. Les hommes ? Oh, ça me fait faire pipi Il n'y a que les erreurs qui donnent du prix à la vérité

Pendant 20 ans et presque mille pages, Jules Renard réfléchit à la vie, à l’amour, l’amitié et la littérature. Drôle et désespéré, féroce et enthousiaste, l’écrivain exprime là tout ce qu’il ne dit pas aux autres, tout ce qu’il ne dira jamais. Il se révèle, enfin, tel qu’il est : pétri de doutes.

« Ne pas se tromper aux figures hautaines et silencieuses : ce sont des timides », dira-t-il en parlant de lui.

Avec les voix de Sacha Guitry, Michel Bouquet , Michel Tournier, Jeanloup Sieff (archives INA)

Programmation musicale

BENJAMIN BIOLAY et VANESSA PARADIS « J’ai ta main »

SERGE REGIANNI, « Journal »

AGNES BIHL, « Des gens qui doutent »

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