À l'occasion d'une nouvelle traduction aux éditions Phébus, (re)découvrons l'un des maîtres du fantastique, que Charles Baudelaire considérait comme son frère d'âme : Edgar Allan Poe.

Portrait d'Edgar Allan Poe
Portrait d'Edgar Allan Poe © Getty / Les Chariots de Feu (Chariots of Fire) est un film britannique (1981) qui racont

Éloge de Baudelaire

"Il y a, dans l’histoire littéraire, de vraies damnations, des hommes qui portent le mot guignon écrit en caractères mystérieux dans les plis sinueux de leur front. L’Ange aveugle de l’expiation s’est emparé d’eux et les fouette à tour de bras. Lamentable tragédie que la vie d’Edgar Poe ! Je le dis sans honte, parce que je sens que cela part d’un profond sentiment de pitié et de tendresse, Edgar Poe, ivrogne, pauvre, persécuté, paria, me plaît plus que calme et vertueux."

Cet éloge vibrant est signé de la plume d’un grand poète français du XIXe siècle, qui voyait en Edgar Poe, son frère d’infortune : il s’agit de Charles Baudelaire. En 1856, un an avant le scandale des Fleurs du Mal, Baudelaire traduit les Histoires Extraordinaires de l’écrivain américain, et les recommande à son ami, le critique Sainte-Beuve : 

Je désire qu’Edgar Poe, qui n’est pas grand-chose en Amérique, devienne un grand homme pour la France. 

Il tiendra sa promesse et rendra célèbres certaines nouvelles telles que Le Scarabée d’or, exaltante chasse au trésor, ou Double assassinat dans la rue Morgue, considéré comme le premier roman policier de la littérature moderne.

Edgar Poe et le tragique

Pourtant, Edgar Poe a connu un destin tragique. Né en 1809 à Boston, il est un enfant de la balle. Lorsque ses parents, comédiens, meurent de la tuberculose, l’orphelin de six ans est adopté par une famille aisée, qui lui offre une éducation et l’envoie plus tard en pension en Angleterre. À son retour, le jeune homme se fâche avec son père adoptif, qui lui coupe les vivres. 

L’apprenti écrivain vit tant bien que mal, comme journaliste et critique littéraire. Mais ses prises de positions anti-américaines, sa réputation d’alcoolique et ses crises de démence, l’isolent de plus en plus et le marginalisent. 

Il se marie à Virginia, sa cousine germaine, mais celle-ci meurt à son tour, de la tuberculose, à l’âge de 24 ans. Endetté, Edgar Poe mène une vie d’errance, entre Boston, New York, Philadelphie et Baltimore. Réduit au vagabondage, affamé, affaibli, il meurt à l’âge de 40 ans, au matin du 7 octobre 1849, après une violente bagarre entre ivrognes, qui l’ont probablement roué de coups et laissé pour mort dans la rue.

L’écrivain laisse une œuvre hantée par la mort, et où ses narrateurs, ses doubles, affrontent les multiples visages de la Grande Inconnue. 

Redécouvrons les premières nouvelles de Poe

Ce soir, redécouvrons le talent exalté du jeune Edgar Poe, à travers la lecture de ses premières nouvelles, qui excellent dans le registre du fantastique

Plus d’un siècle et demi après la traduction de Baudelaire, elles font l’objet d’une nouvelle traduction, par Christian Garcin et Thierry Gillyboeuf, aux éditions Phebus. Après le premier tome paru en octobre 2018, les tomes 2 et 3 seront publiés en mai, et octobre 2019.  

Programmation musicale :

  • Sue, par David Bowie
  • La Peau Humaine, une chanson inédite de Jean Guidoni

Les extraits sonores :

  • Extrait du film, Double Assassinat dans la rue Morgue, de Robert Florey (1932)
  • Denis Lavant lit des extraits du Voyage de Charles Baudelaire
  • Guy Walter et Marie Bonaparte (archives INA) 
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