Pionnier du roman moderne, Svevo nous plonge dans la psyché tourmentée de Zéno Cosini, anti-héros pathétique et drôle qui nous invite à regarder à la loupe ses défauts…

Portrait de l'écrivain, Italo Svevo - 1893.
Portrait de l'écrivain, Italo Svevo - 1893. © AFP / Leemage

La maladie est une conviction. Je ne me rappellerais pas grand chose de celle de mes vingt ans si je ne l'avais à cette époque décrite à un médecin. Je lui racontais mes malheurs avec les femmes. Une seule ne me suffisait pas, et plusieurs, pas d'avantage. Je les désirais toutes ! Dans la rue, mon agitation était effroyable : toutes les femmes qui passaient m'appartenaient. Je les dévisageais avec insolence. En pensée je les déshabillais, complètement, les bottines exceptées, je les emportais dans mes bras ;  quand je les abandonnais, elles n'avaient plus rien de secret pour moi...

Italo Svevo, ausculte avec une rare précision  la conscience de Zéno, aussi obsédé par la maladie que par les femmes. C’est donc en toute logique que nous faisons connaissance avec Zéno, en poussant la porte d’un cabinet médical. De médecin, de douleur, de désir et de frustration il est question tout au long de ce récit qui a pour cadre la psychanalyse, puisque Zéno, le narrateur, hypocondriaque et névrosé hors-pair, entreprend d’écrire son autobiographie sur les recommandations de son analyste. Mais si La conscience de Zéno joue avec les codes de la psychanalyse, c’est de manière distanciée et ironique. Et ce texte d’avant-garde, dans lequel le narrateur s’examine tour à tour avec lucidité et mauvaise foi, est à la fois plein d’humour et totalement désespéré.

Né à Trieste en 1861 Arturo Schmidt de son vrai nom, est un homme de la dualité comme le signale son surnom Italo Svevo, qui signifie « Italien-Souabe », entendez « italien-allemand ».  Homme de l’entre-deux, jamais tout à fait à sa place, il se construit entre deux langues, deux religions (juif de naissance il épouse le catholicisme de sa femme) et surtout entre deux activités diamétralement opposées, l’écriture et les affaires. 

Et c’est bien là le drame de sa vie : il est né pour écrire mais se trouve contraint de travailler dans une banque suite à l’insuccès de ses deux premiers romans.

De là sans doute, résulte un trouble et une agitation intérieure dont Italo Svevo a fait la matière féconde de son chef d’œuvre, La conscience de Zéno paru en 1923, cinq années seulement après sa mort dans un accident de voiture. C’est en grande partie à l’enthousiasme de James Joyce, jeune professeur d’anglais de Svevo que l’on doit la diffusion de ce livre majeur,  publié après vingt-quatre années de silence, et devenu un incontournable de la littérature, traduit et lu dans le monde entier. Découvrons donc l’itinéraire de Zéno Cosini, anti héros pathétique qui nous invite à regarder à la loupe, pour le meilleur et pour en rire,  les tourments de son être

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