Ecrit sous la forme d’un long monologue, ce roman de la quête de soi passe par la conquête de la parole : à 33 ans, Alexander Portnoy, devenu un brillant avocat, entreprend une psychanalyse et livre ses souvenirs les plus cocasses. Découvrons ce flot de paroles débordant de libido…

L'écrivain Philippe Roth (photographié ici en 2012)
L'écrivain Philippe Roth (photographié ici en 2012) © Maxppp / Miguel Rajmil/EFE/Newscom

"La Plainte de Portnoy" (extrait) 

« Loin d’être l’âge des révoltes et des tourments, comme le voudrait la tradition, mon adolescence fut plutôt une période d’attente, une période de suspens.  Je crois cependant n’avoir jamais gouté en ces années un sentiment de plus grande liberté que dans les propos que nous échangions, entre garçons, des heures durant, à l’intérieur d’une automobile. Les interminables conversations que nous pouvions tenir, où « l’aventure » tant désirée donnait souvent lieu à d’âpres débats... En ce qui me concerne, je ne peux m’empêcher d’associer à mon travail d’aujourd’hui ce qui était alors notre plus riche aliment, où se mêlaient vantardises et racontars, piques et railleries, contestations et affabulations, tout ce dont notre esprit se saisissait pour mieux nous divertir. Et puis, cette parole ivre de mots était pour nous le moyen de tirer vengeance ou d’ôter l’aiguillon des forces culturelles qui nous façonnaient. Au lieu de voler les voitures d’étrangers, nous nous tenions dans celle que nous avions empruntées à nos pères, et là nous proférions les choses les plus folles qu’on put imaginer. »

Ecoutez Guillaume Gallienne lire Philippe Roth (2 minutes) :

Philip Roth

Ce « marathon oratoire », cette « ivresse des mots », a nourri l’un des best-sellers et des grands scandales de la littérature américaine : le provocant  Portnoy et son Complexe, du romancier Philip Roth.  

Né en 1933 à Newark, à l’Ouest de New York, l’écrivain publie en 1959, à l’âge de 26 ans, son premier recueil de nouvelles, Goodbye Columbus, qui choque par son ironie féroce.   

Dix ans plus tard, en 1969, il signe avec Portnoy son quatrième roman. En pleine révolution des mœurs, le récit des déboires sexuels de ce garçon juif, tyrannisé par sa mère, a provoqué les foudres de la critique, tant dans le milieu littéraire, où le roman est taxé d’obscénité, que dans l’intelligentsia juive, où il est condamné pour  antisémitisme.

Fiction et autofiction

Passé maître dans l’art de mêler fiction et autofiction, Philip Roth se défend ainsi : 

Le roman en forme de confession qu’était Portnoy fut unanimement jugé comme une confession en forme de roman. Or, pour un écrivain, créer l’illusion de la vie ne consiste pas à se laisser aller à ce qu’on est, mais à inventer une nouvelle manière d’être. 

Car tel est le vrai sujet de Portnoy : s’inventer une nouvelle vie, s’affranchir de sa famille, avec les seuls moyens à disposition d’un adolescent : les fantasmes débridés d’un corps qui étouffe sous les diktats de la bonne éducation. 

Ecrit sous la forme d’un long monologue, ce roman de la quête de soi passe par la conquête de la parole : à 33 ans, Alexander Portnoy, devenu un brillant avocat, entreprend une psychanalyse et livre ses souvenirs les plus cocasses. Découvrons ce flot de paroles débordant de libido, que le jeune homme adresse à un certain docteur Spielvogel, étrangement réduit au silence. 

Références

Nous emprunterons la traduction d’Henri Robillot revue par Paule Lévy, publiée en Pléiade en 2017, sous le nouveau titre : La Plainte de Portnoy

Une émission préparée par Estelle Gapp.

Programmation  musicale :

Bill Haley  and the Comets, Rock around the clock 

Randy Newman, Got my mo jo working by randy newman 

Vince Giordano & The Nighthawks, Mountain greenary

La voix de Philip Roth (traduite par André Dussolier) est extraite du documentaire Philip Roth, sans complexe _d_e William Karel

et avec les extraits de :

Hannah et ses soeurs, New York Stories  et Annie Hall  de Woody Allen

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