Si Flaubert est Madame Bovary, selon sa propre exclamation, non moins évidemment il est aussi et Bouvard et Pécuchet. Mais par la vertu__ même de la puissance créatrice de Flaubert, cette identification est valable pour tout un chacun. Et que celui qui parle avec mépris des deux héros de ce livre, s'examine lui-même avec lucidité – et il avouera qu'il est bien lui-même tel que cela.

Car Bouvard et Pécuchet n'est pas seulement une épopée de la bêtise humaine, mais une épopée de l'esprit humain tout court, en général. Et, voyons, que ne faut-il pas se croire pour juger Bouvard et Pécuchet « des imbéciles de base et de sommet » ! Il se passe ici la même chose que pour Don Quichotte. Ce qu'on prend pour caricature, n'est que la révélation pure et simple de l'existence. Bouvard et Pécuchet sont une révélation de l'existence de l'homme, d'un certain aspect de la condition humaine, de la condition de l'homme en tant qu'animal raisonnable.

Ainsi, Bouvard et Pécuchet , qui a été et reste pour quelques-uns une œuvre unique, le Livre, est une véritable Odyssée, une errance à travers la Méditerranée du savoir ; et la copie finale est l’Ithaque où ils font, avec un enthousiasme plein de sagesse, l’élevage des huîtres perlières de la bêtise humaine.

Cet exercice d’admiration est signé par un grand romancier du XXe siècle qui aimait se présenter comme unpassionné de « flaubertologie » : il s’agit de Raymond Queneau , qui rédige cette introduction à Bouvard et Pécuchet en 1947.

Bouvard et Pécuchet, de Flaubert
Bouvard et Pécuchet, de Flaubert © Radio France / Le livre de poche, 1999

Oeuvre posthume et inachevée, le dernier roman de Flaubert est publié pour la première fois en 1881, tout juste un an après la mort de son auteur. Selon son ami Guy de Maupassant qui l’aida à rassembler la documentation pour son livre – au total, plus de mille cinq cents ouvrages ! - , ce projet d’« encyclopédie en farce » a occupé l’écrivain pendant toute sa vie : depuis l’âge de seize ans, où lycéen, il écrit une nouvelle à propos d’un jeune commis qui ambitionne de devenir naturaliste, jusqu’à ses derniers jours, où, malade, il parvient à en achever le premier des trois volumes prévus.

Accompagné de son célèbre Dictionnaire des idées reçues , Bouvard et Pécuchet est un roman « vengeur », où l’écrivain, en butte contre ses éditeurs et en proie à des difficultés financières, dénonce la vanité des hommes. Dans sa Correspondance, l’auteur confie : « Oui, je me débarrasserai enfin de ce qui m’étouffe. Je vomirai sur mes contemporains le dégoût qu’ils m’inspirent, dussé-je m’en casser la poitrine. Ce sera large et violent. »

Ce soir, pour clore notre cycle d’émissions consacré à Flaubert, découvrons, après L’Education sentimentale et Madame Bovary , ce drôle de couple masculin…

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.