Avec "Le Livre noir", chef-d’œuvre du romancier turc Orhan Pamuk, perdons-nous ce soir dans les ruelles enneigées d'Istanbul... Tout commence quand la femme du héros disparaît...

Mosquée à Istanbul sous la neige
Mosquée à Istanbul sous la neige © Getty / Ayhan Altun

Extrait du Livre noir de l’écrivain turc Orhan Pamuk

« Tante Hâlé ouvrit la porte.

- Ah ! Mais où est donc Ruya ? demanda-t-elle.

- Elle n’est pas encore là ? dit Galip. Vous ne lui avez pas téléphoné ?

- Je l’ai fait, mais personne n’a répondu, dit tante Hâlé.

- Elle est sûrement à la maison, dit enfin Galip. Je cours la chercher.

Galip avança d’un pas rapide jusqu’à chez lui, les pans de son pardessus soulevés par le vent froid qui emportait la neige mouillée en bourrasques. A son retour, par les mêmes rues et les mêmes trottoirs, il s’était écoulé exactement vingt-six minutes. A sa tante Suzan qui lui ouvrit la porte, puis aux autres, alors qu’ils prenaient tous place autour de la table, il expliqua que Ruya avait pris froid, qu’elle était malade et qu’elle s’était endormie, abrutie par trop d’antibiotiques. Elle se sentait encore fatiguée, elle n’avait aucun appétit, et de son lit de malade, elle embrassait tout le monde. Le dîner écoulé, son refus de la tasse de café fut accueilli par tous avec compréhension:

- Souhaite-lui une prompte guérison de notre part ! Embrasse-la pour nous ! Dis-lui bonsoir !

Dès qu’il fut entré dans l’appartement, Galip mit de l’eau à chauffer pour se faire du thé ; il se débarrassa de son pardessus et de sa veste, les plaça sur leurs cintres, passa dans la chambre à coucher, où il ôta ses chaussettes trempées, à la pâle lumière de la lampe. Puis, il s’assit devant la table de la salle à manger et relut la lettre que Ruya lui avait laissée avant de le quitter. »

Extraits du Livre noir, dans la traduction de Münevver Andac parue aux éditions Gallimard

L’une des plus belles plumes contemporaines

Né en 1952 à Istanbul, le jeune Pamuk se rêve d’abord peintre, étudie l’architecture puis le journalisme, avant, finalement, de s’essayer à l’écriture. La publication, en 1982, de Cevdet Bey et ses fils marque le début d’une œuvre passionnante, reconnue internationalement et couronnée par le Nobel en 2006.

Parmi ses titres les plus connus, citons Mon Nom est rouge, qui réveille l’Istanbul de l’Empire ottoman, ou encore Neige, dont l’intrigue à suspense se déroule dans une petite ville d’Anatolie.

S’ils naviguent entre les temps et les espaces, les livres de Pamuk sont travaillés par les mêmes motifs : l’identité intime et collective, la mémoire et l’art – auxquels il faut ajouter une forme de mélancolie propre à la Turquie - le hüzün - et un goût certain pour le roman noir…

Tous ces thèmes, Pamuk les réunit dans Le Livre noir – justement ! -, son premier grand succès, paru en 1990. Une semaine durant, Galip, un jeune avocat, sillonne les rues enneigées d’Istanbul à la recherche de sa femme Ruya, partie sans crier gare. Entre enquête policière et quête métaphysique, Le Livre noir nous parle avant tout du mystère des êtres qu’on aime – et qu’on ne connaît jamais tout à fait.

Allons donc nous perdre, ce soir, dans les ruelles obscures d’Istanbul...

Pour visiter le site d'Orhan Pamuk, cliquez ici

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La littérature, c’est toujours déstructurer le réalisme, je veux déranger mon lecteur pour qu’il se demande « où est le vrai » ; mais je ne veux pas non plus qu’il me lâche la main ! Le rapport lecteur/ écrivain est comme un rapport père/ fils !

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