C’était un homme d’un port noble et d’une présence autoritaire. Sa taille était haute, et sa figure remarquablement belle ; il avait un nez aquilin, de grands yeux noirs et étincelants, et d’épais sourcils qui se touchaient presque ; son teint était d’un brun foncé, mais transparent ; l’étude et les veilles avaient entièrement décoloré ses joues ; la tranquillité régnait sur son front sans rides ; et le contentement, exprimé dans chacun de ses traits, annonçait une âme exempte de soucis comme de crimes. Il salua humblement l’assemblée ; pourtant, même alors, il y avait dans sa physionomie et dans sa contenance une certaine sévérité qui imposait généralement, et peu de regards étaient capables de soutenir le feu des siens. Tel était Ambrosio, prieur des Capucins, et surnommé l’’ Homme de Piété’.

C’était un extrait du roman de l’écrivain britannique Matthew Gregory Lewis : Le Moine

Dans ce livre publié en 1796, l’auteur a voulu raconter l’histoire tragique d’un homme en lutte avec ses propres démons, dans l’Espagne catholique du XVIIème siècle.

le moine
le moine © Domaine public

Jugé immoral, le roman est rapidement condamné en Angleterre…

Lewis l’écrit alors qu’il n’a que vingt ans.

S’inspirant, entre autres, de la légende de « la Nonne sanglante », il dépeint la déchéance du plus irréprochable religieux de l’Eglise de Madrid : Ambrosio, un moine adulé par tous les fidèles et qui va succomber à la tentation de la chair…

L’objet de son désir s’appelle Antonia, une belle jeune fille désargentée qui est de passage à Madrid pour demander la clémence d’un lointain parent. A peine arrivée dans la ville, elle assiste avec enchantement au sermon d’Ambrosio, et rencontre le cavalier Lorenzo, qui tombe tout de suite amoureux d’elle…

Mais cet heureux tableau va rapidement s’assombrir, nous allons le découvrir ce soir…

Et pour lire à mes côtés, j’ai le plaisir d’accueillir le comédien et metteur en scène Xavier Gallais

Ensemble nous allons parcourir ce texte sulfureux, chef d’œuvre du roman gothique qui est une référence pour de nombreux artistes… Le Marquis de Sade, Victor Hugo, André Breton ou encore Luis Bunuel en avaient fait leur livre de chevet…

Tous les extraits lus à l'antenne sont issus de l'édition Actes Sud, collection "Babel", dans une traduction de Léon de Wailly (1996)

Programmation musicale :

"Stabat Mater en fa min : Virgo virginum (Air de soprano) - pour soprano contralto choeur de femmes et orchestre" de Johann Baptist Vanhal, interprété par Hana Skarkova.

"Miserere : Quoniam iniquitatem" de Sebastien de Brossard, par l'ensemble Accentus.

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