A quelques jours du Festival d'Avignon, découvrons les grands textes qui seront mis à l'honneur de cette 70e édition

Affiche
Affiche © Festival d'Avignon 2016

« Ecoute, Sophie. Si cela l’arrangeait, ton cher cousin Aschenbach me poignarderait dans le dos, je le sais bien. Mais pour l’instant il est encore de mon côté. De notre côté, Sophie. Herbert a dit vrai... ils ont incendié le Reichstag. En voiture tout à l’heure Aschenbach m’a dit que pour lui la partie était jouée. Nous avons parlé de toi, et puis de moi, de Joachim, et puis des aciéries Essenbeck.... Si on ne marche pas avec eux, on devient leur ennemi. Voilà ce que cela signifie. Tu comprends, Sophie ?  Je m’attends à d’étranges évènements pour cette nuit. Et ceux qui trouveront refuge dans la neutralité seront les perdants de la partie. J’ai le sentiment qu’on me réserve... une mission. Et si je l’accepte... si j’accepte de saisir cette chance, alors ils m’accorderont tout leur appui. Et il n’y aura plus jamais d’Herbert, ni de Joachim. C’est moi qui deviendrait le maître ! C’est moi qui commanderait... Toi et moi, Sophie, car, tout le monde le sait, ma chérie, que « vous êtes la plus intelligente, la plus riche et aussi la plus enviée, vous êtes la Baronne Sophie Von Essenbeck »... »

C’est par cette fascinante prémonition du mal que s’ouvre l’un des chefs d’œuvre du cinéma italien : Les Damnés, de Visconti, sorti en 1970. Conçu comme une transcription de Macbeth à l’époque de l’Allemagne nazie, le film montre la déchéance d’une famille d’industriels, déchirée par la passion du pouvoir, du sexe et du crime.

Si le film de Visconti s’inspire de la pièce de Shakespeare, c’est ce matériau tragique que le metteur en scène Ivo Van Hove se propose d’adapter, en ouverture du prochain Festival d’Avignon. Cette aventure, à laquelle j’aurai le plaisir de participer, en compagnie d’Elsa Lepoivre, Denis Podalydès, Didier Sandre et d’autres camarades de la Comédie Française, se jouera dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes, du 6 au 16 juillet.

Ce soir, à quelques jours du Festival, je vous invite à découvrir, en avant-première, quelques extraits des textes qui seront à l’affiche des théâtres d’Avignon. A l’image des Damnés de Visconti, la programmation de cette 70e édition du Festival, savamment orchestrée par Olivier Py, propose une réflexion pertinente sur l’impuissance politique, ou, plus précisément, l’impossibilité de s’engager dans notre société vide de valeurs.

70 ans après Jean Vilar, Olivier Py relève le même défi que son illustre prédécesseur : convoquer l’imaginaire à la rescousse du politique. Ainsi, c’est à l’art et la culture de proposer des modèles de réflexion. De Visconti à Dostoïevski, découvrons donc ces grands textes mis à l’honneur, comme autant d’appels à nos consciences. Cinéma, pièces de théâtre ou romans, ils interrogent tous notre capacité à penser et à agir...

Avec les extraits suivants :

1. 2666, de Roberto Bolano (Christian Bourgois éditeur, 2004, traduction de Robert Amutio)  : ce roman posthume de l'écrivain chilien fera l’objet d’une adaptation par le metteur en scène Julien Gosselin ; il sera présenté à la Fabrica, du 8 au 16 juillet

2. Place des héros,de Thomas Bernhard (traduction de Claude Porcell, L'Arche éditeur, 1988); cette célèbre pièce sera présentée par  le grand metteur en scène polonais Krystian Lupa, du 18 au 24 juillet, à l’Autre-Scène de Vedène, à quelques kilomètres d’Avignon

3. Le Radeau de la Méduse**, de Georg Kaiser** (1940, traduction de Huguette et René Radrizzani, éditions Fourbis, 1996). Ce  texte d'un écrivain allemand méconnu sera présenté par le metteur en scène Thomas Jolly au Gymnase du Lycée Saint-Joseph, du 17 au 20 juillet

4. L’Institut Benjamenta, de Robert Walser (éditions Gallimard, 1960, dans une traduction de Marthe Robert); ce texte, qui était le roman préféré de Kafka, sera monté par Bérangère Vantusso, du 8 au 13 juillet au Gymnase du Lycée Saint-Joseph

5. La Rive dans le noir, un texte inédit de Pascal Quignard , interprété par Marie Vialle; ce spectacle, qui rend hommage à la danseuse de kabuto Carlotta Ikeda, sera présenté du 8 au 14 juillet à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon

6. Les Frères Karamazov, de Dostoïevski (traduction d’André Markowicz aux éditions Actes Sud – Babel),  cette fresque testamentaire fera l'objet d'une adaptation par  le metteur en scène Jean Bellorini, du 11 au 22 juillet à la Carrière Boulbon

7. Espèces d’espaces, de Georges Perec  (éditions Galilée, 1974) ;  ce texte inspirera la prochaine création du metteur en scène Aurélien Bory, du 15 au 23 juillet au Grand Opéra d’Avignon

Programmation musicale :

- « Tout c’qu’est dégueulasse porte un joli nom » par Jean Louis Foulquier

- Petite messe solennelle : Kyrie - réduction et arrangement pour choeur d'enfants et piano de Gioachino Rossini

Bon Festival et bel été !

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