Il y avait une grande querelle dans Babylone qui durait depuis quinze cents années, et qui partageait l'empire en deux sectes opiniâtres: l'une prétendait qu'il ne fallait jamais entrer dans le temple de Mithra que du pied gauche; l'autre avait cette coutume en abomination, et n'entrait jamais que du pied droit. On attendait le jour de la fête solennelle du feu sacré pour savoir quelle secte serait favorisée par Zadig. L'univers avait les yeux sur ses deux pieds, et toute la ville était en agitation et en suspens. Zadig entra dans le temple en sautant à pieds joints, et il prouva ensuite, par un discours éloquent, que le Dieu du ciel et de la terre, qui n'a acception de personne, ne fait pas plus de cas de la jambe gauche que de la jambe droite. L'Envieux et sa femme prétendirent que dans son discours il n'y avait pas assez de figures, qu'il n'avait pas fait assez danser les montagnes et les collines. Il est sec et sans génie, disaient-ils; on ne voit chez lui ni la mer s'enfuir, ni les étoiles tomber, ni le soleil se fondre comme de la cire; il n'a point le bon style oriental. Zadig se contentait d'avoir le style de la raison.

Le dîner des philosophes, de Jean Huber (1772)
Le dîner des philosophes, de Jean Huber (1772) © Voltaire Foundation Oxford /

C’était un extrait de Zadig ou la Destinée , célèbre conte philosophique de l’un des plus grands écrivains du XVIIIe siècle : François-Marie Arouet, dit Voltaire . Maniant l’ironie comme une arme redoutable, le philosophe défend, dans toute son oeuvre, le combat de la raison contre le fanatisme et toutes les formes d’obscurantisme : l’ignorance, la superstition, l’intolérance, l’injustice. A l’image de Zadig, Voltaire incarne l’idéal de l’homme éclairé, figure emblématique de son époque, appelée « siècle des philosophes » , ou encore « siècle des Lumières » , où le progrès des connaissances rend possible l’émancipation de l’individu, et la revendication d’un espace public légitime, fondé sur la séparation des pouvoirs et l’émergence d’une opinion critique.

Ce soir, après le théâtre de Beaumarchais la semaine dernière, parcourons ensemble quelques grands textes, philosophiques et romanesques, qui ont marqué ce siècle des Lumières, que certains historiens font débuter à la mort de Louis XIV en 1715, et qui s’achève, en 1800, avec les premiers manifestes du romantisme. Découvrons cette pensée à vocation universelle, fondée sur les notions de progrès, d’égalité et de liberté, qui semble préparer les deux grands évènements majeurs de la fin du XVIIIe siècle : La Révolution américaine de 1776 et la Révolution française de 1789…

Et pour m’accompagner dans cette passionnante histoire des idées, j’ai le plaisir de recevoir un penseur "éclairé", lecteur inlassable du corpus philosophique et amoureux du "Gai Savoir" : bonsoir, Raphaël Enthoven…

Avec les extraits suivants :

  1. Emmanuel Kant, Qu’est-ce que les Lumières ? (1784) (GF Flammarion, 1991, traduction de Jean-François Poirier et Françoise Proust) : la devise des Lumières
  2. Diderot et d’Alembert,L’Encyclopédie (1751-1772): article « Encyclopédie », un manifeste des Lumières
  3. Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine de l’inégalité des hommes (1755) : la querelle avec Voltaire sur la propriété
  4. Voltaire, Le Mondain (1736) : éloge du siècle des Lumières
  5. Montesquieu, Lettres persanes (1721) : Lettre XXIV : critique de la monarchie absolue, ébauche des principes de L’Esprit des lois
  6. En conclusion : retour à Voltaire , extrait du Traité sur la tolérance (1963)

Avec les voix deElisabeth Badinter, Michel Delon, Claude Lévi-Strauss,Tzvetan Todorov(Archives INA)

Les invités

L'équipe

Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.