Découvrons ce texte frondeur et fondateur, écrit dans la clandestinité en 1940, et qui marque la naissance des "Editions de Minuit". Ecrit en 1941, ce texte présage du pire à venir. Découvrons, sous le poids du « silence », la violence contenue d’une France bâillonnée...

Jean Bruller dit Vercors, auteur du "Silence de la mer" en 1991
Jean Bruller dit Vercors, auteur du "Silence de la mer" en 1991 © Getty / Pierre BERENGER

Extrait du manifeste du "Silence de la mer"

« N’exposez plus dans vos vitrines Shakespeare, Milton, Keats, Shelley...», prescrit, par ordre de la Propagande allemande, le Syndicat des Libraires. Mais il existe encore en France des écrivains qui refusent les mots d’ordre. Ils sentent profondément que la pensée doit s’exprimer. Voilà le but des Editions de Minuit. La propagande n’est pas notre domaine. Nous entendons préserver notre vie intérieure et servir librement notre art. Peu importent les noms. Il ne s’agit plus de petites renommées personnelles. Il s’agit de la pureté spirituelle de l’homme. »

Tel est le manifeste des Editions de Minuit, fondées en pleine guerre par deux écrivains engagés : le journaliste Pierre de Lescure et un certain « Vercors », de son vrai nom Jean Bruller, qui fut d’abord dessinateur humoristique et illustrateur.

La naissance des Editions de Minuit

Cet éloge de la liberté accompagnait, en février 1942, la première édition clandestine d’une nouvelle qui deviendra le symbole de la Résistance intellectuelle : Le Silence de la mer, que Jean Bruller signe sous son nom de Résistant, Vercors, un pseudonyme inspiré par la beauté des montagnes où, jeune appelé, il rejoint un bataillon de chasseurs alpins. 

Fondé sur des faits réels, Le Silence de la mer évoque les débuts de l’Occupation, après la débâcle de 1940, lorsque les habitations françaises sont réquisitionnées pour héberger l’Etat-Major allemand. A cette époque, les vainqueurs comme les vaincus croient encore au code d’honneur militaire, unis par le souvenir commun de la Première Guerre Mondiale. C’est à cette période que Jean Bruller lit les mémoires de guerre d'Ernst Jünger, qui lui donne l’idée de son personnage principal : un officier allemand cultivé, amoureux de littérature française.

Mais bientôt, les persécutions de la Gestapo et les crimes nazis vont définitivement tourner l’une des pages les plus douloureuses de l’Histoire. Certains critiques reprocheront à Vercors son éloge de la Résistance passive, alors qu’il était urgent de passer à l’action, à l’appel d’un certain De Gaulle,  réfugié en  l’Angleterre. A ces reproches, Vercors répond en se revendiquant  (je cite) « un fantassin des lettres au milieu d’une armée de fantômes ». 

Revenons à ces années troubles, pendant lesquelles Jean Bruller assume courageusement une double existence : menuisier de jour, écrivain de nuit, il quitte chaque semaine son village de Seine et Marne pour se rendre à Paris et travailler, dans la clandestinité, à l’impression des premiers ouvrages des Editions de Minuit

Ce soir, je vous invite à parcourir Le Silence de la mer, dans sa quasi-totalité. Ecrit en 1941, ce texte présage du pire à venir.  Découvrons, sous le poids du « silence », la violence contenue d’une France bâillonnée...

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Cette émission est dédiée à François Bruller, le fils de Jean.

Une émission préparée par Estelle Gapp.

Références

Extraits des éditions Omnibus, 2002.

La programmation musicale: 

« Verlaine » par Charles TRENET

« La rose et le réséda » par Juliette GRECO

Avec la voix de Vercors extraite des archives de  l'INA:

A voix nue : France Culture 06/02/1990

Les Temps difficiles : France Inter 20/02/1967   

La bataille du silence :France Inter  25/01/1970 

Archive Radio Paris , Reportage dans la capitale lors de l'été 1940 

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