Parcourons un pays cher à Stendhal. L'Italie, patrie des écrivains, lieu de villégiature d'éminents écrivains. Jeune militaire, simple touriste, puis consul de France, Stendhal y passe un tiers de sa vie, avec une prédilection pour la région de Milan, ville de l'exil volontaire.

Portrait de Henri Beyle dit Stendhal (1783-1842). Peinture de Johan Olaf Sodermark, 1840. Huile sur toile
Portrait de Henri Beyle dit Stendhal (1783-1842). Peinture de Johan Olaf Sodermark, 1840. Huile sur toile © AFP / PHOTO JOSSE / LEEMAGE

Après le grand romancier, abordons les écrits plus intimes de Stendhal : un essai d'autobiographie, ses journaux et récits de voyages, sa correspondance, ses essais, ses nouvelles. 

Enrôlement dans l'armée napoléonienne pour l'Italie - "Vie de Henry Brulard" (1835)

Dans l'œuvre intimiste de Stendhal, voici un de ses souvenirs qui relate une aventure digne du roman picaresque, l'enrôlement, au printemps 1800, du jeune Henry Bell, 17 ans, dans l'armée napoléonienne. Découvrez le récit de son départ pour l'Italie via la Suisse, avec le franchissement du fameux col du Saint-Bernard, marche sur les pas du grand Bonaparte qui le dirigea une première fois à Milan. Il y rapporte sa rencontre avec le col Grand-Saint-Bernard. 

Ce n'était qu'à Milan que je devais me délivrer de ce trésor, si heureux, en contemplant ces beaux paysages et l'Arc de triomphe d'Aoste que je n'avais aucun vœux à formuler. Que cette vie durera toujours

Extrait de "La Chartreuse de Parme" (1839) 

Après l'épreuve du St-Bernard, c'est l'entrée triomphale de Napoléon en Italie. Après la tragédie de Julien Sorel dans "Le Rouge et le noir" (1830), c'est ce second roman de formation qui apporte la célébrité à Stendhal, que Balzac salue comme un des meilleurs écrivains de son époque. Comparant son talent pour les intrigues politiques à celui de Machiavel. Nous voici au début du roman avant de faire le portrait de son héros, le jeune Milanais Fabrice del Dongo, le narrateur nous confie les circonstances de sa naissance et son admiration pleine d'ironie pour Napoléon Bonaparte, libérateur de l'Italie. 

Un récit qui aborde notamment la victoire de Napoléon à la bataille de Marengo, dans lequel il rapporte l'ivresse des Milanais. 

Une étonnante victoire de Marengo, qui avait changé les destinées de l'Italie

Extraits de "Rome, Naples et Florence" (1817 et 1826)

En 1800, son premier séjour en Italie lui laisse un souvenir émerveillé. En 1814, après la chute de l'empire napoléonien, il s'installe à Milan. Amoureux de la ville, l'écrivain fera plus tard graver une épitaphe sur sa tombe. À cette époque, l'écrivain se passionne pour la musique et les Beaux-Arts, auxquels il consacre un essai, Une histoire de la peinture en Italie, publiée en 1817. Seule œuvre signée de son vrai nom, première version d'un récit de voyage "Rome, Naples et Florence" est écrit sous la forme d'un journal et pour la première fois sous le pseudonyme de Monsieur de Stendhal, du nom d'une province allemande où il a vécu quelques années auparavant. 

Un premier extrait où il partage sa découverte du plus célèbre théâtre de la capitale lombarde, le premier théâtre du monde à ses yeux, La Scala.

Un second extrait où trois mois plus tard, dans la province de Latium, près de Rome, l'écrivain rencontre l'un des compositeurs pour qui il a la plus grande admiration et à qui il consacrera une biographie. Gioachino Rossini, l'homme d'Italie auquel il a trouvé le plus d'esprit.

Un troisième extrait. Stendhal admire les grands hommes qui ont fait l'histoire de l'Italie. Dans la version de 1826, c'est de retour à Paris de 1821 à 1834 qu'il rajoute cette étape florentine à son journal d'Italie dont la magnificence de la cathédrale Santa Maria del Fiore et sa fameuse coupole, et les nombreux grands artistes qui l'ont parcourue. Les souvenirs se pressent dans son cœur. 

J'étais dans une sorte d'extase par l'idée d'être à Florence et le voisinage des grands hommes dont je venais de voir les tombeaux absorbés par la contemplation de la beauté, sublime, je la voyais de près

Quatrième extrait. Stendhal se fait observateur des mœurs. L'écrivain s'enthousiasme pour la liberté de mœurs qu'il découvre dans la péninsule, notamment dans ce portrait exalté qu'il brosse des femmes italiennes. 

En fait de mœurs, Paris ne doit rien à Milan. Ici, l'on sait être plus heureux

Stendhal, amoureux - Lettre de Stendhal à Matilde Dembowski

Pendant dix ans, il vit un amour passionné et platonique avec Angela Pietragrua, rencontrée à Milan, mais, en 1815, c'est la rupture. La sibylle sublime devient la catin sublime. Elle lui inspira le personnage de la comtesse Sanseverino dans "La chartreuse de Parme". En 1818, Stendhal rencontre celle qui deviendra le grand amour désespéré de sa vie. Matilde Dembowski dont il a laissé une des lettres enflammées qu'il lui adresse, en novembre 1818. 

L'écriture comme consolation. Extrait de l'essai "De l'amour" (1822)

Nous sommes en 1819, Stendhal est fou amoureux de Matilde Dembowski, mais leur amour est impossible. Il décide donc d'écrire sur le sentiment qui le ronge, sur ce que c'est que l'amour. Stendhal y explique sa "théorie de la cristallisation",  le symptôme de la naissance de l'amour chez le sujet. Dans le chapitre 23, intitulé "Des coups de foudre", il tente de comprendre comment s'opère le mystère de l'amour au premier regard.

Coup de foudre, il faudrait changer ce mot ridicule. Cependant, la chose existe

L'amour trahi - Extrait de la nouvelle "Vanina Vanni" (1820)

Un an avant "Le Rouge et Noir" Stendhal publie cette nouvelle consacrée à l'échec de la révolution carbonariste en Italie dans les années 1820, du nom du mouvement charbonnier, défenseur de l'indépendance nationale. Le personnage de Vanina étonne par ses nombreuses similitudes avec l'héroïne du "Rouge et du noir", Mathilde de La Mole. C'est ce texte qui a valu à Stendhal d'être inquiété par les Autrichiens et expulsé d'Italie en 1821, laissant derrière lui Dembowski. Dans le passage suivant, Vanina, une jeune princesse, trahit l'homme qu'elle aime car elle ne supporte pas la concurrence de ses sentiments avec la cause politique. C'est à cette époque que finit par s'organiser l'une des moins folles conspirations qui ait été tentée dans la malheureuse Italie. 

▶︎ Une émission en partenariat avec le Magazine littéraire

Bibliographie 

  • La Chartreuse de Parme (1839), éd. Pocket, coll. "Classiques"
  • Vie de Henry Brulard  (1835), éd. Gallimard, coll. "Folio Classique"
  • Rome, Naples et Florence (1817 et 1826) éd. Gallimard, coll. "Folio Classique"
  • L'Italie de 1818 , extrait de Voyages en Italie , éd. de la Pléiade établie par Victor Del Litto, 1973
  • Lettre de Stendhal à Matilde Dembowski, extrait de Correspondance s, éd. La Pléiade
  • De l'amour (1822), éd. GF Flammarion (1965)
  • Vanina Vanini, (1829) éd. Mille et une nuits
  • Souvenirs d'égotisme  (posthume, 1892), éd. Gallimard, coll. "Folio Classique"
  • Avec les voix de Jean Lacouture, Louis Aragon  (archives INA)
Les références
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