J’ai découvert qu’un roman n’a rien à voir, en première instance, avec les mots. Ecrire un roman, c’est l’affaire de cosmologie, comme l’histoire que raconte la Genèse. Il faut bien se choisir des modèles, disait Woody Allen. Je pense que pour raconter, il faut avant tout se construire un monde. Si je construisais un fleuve, deux rives et si sur la rive gauche je mettais un pêcheur, si j’attribuais à ce pêcheur un caractère irascible et un casier judiciaire pas très net, voilà, je pourrais commencer à écrire. Que fait un pêcheur ? Il pêche. Et puis, que se passe-t-il ? Et si, entraîné par le courant, passait un cadavre ? N’oublions pas que mon pêcheur a un casier judiciaire chargé. Que fera-t-il ? Fuira-t-il ? Sentira-t-il peser sur lui tous les soupçons car, après tout, ce cadavre est celui de l’homme qu’il haïssait ?? Vous voyez, il suffit de meubler le monde avec presque rien, et déjà il y a le début d’une histoire. Il faut construire le monde, les mots viennent ensuite, presque tout seuls.

Ce romancier, qui cite aussi spontanément la Bible que Woody Allen, est l’auteur de best-sellers qui ont connu un succès mondial : il s’agit de l’écrivain italienUmberto Eco , auteur, en 1980, d’un premier roman magistral, le célèbre Nom de la Rose , que nous avons lu la semaine dernière.

Umberto Eco
Umberto Eco © MaxPPP

Ce soir, nous continuons à rendre hommage à ce grand intellectuel, spécialiste du Moyen-Age et de sémiotique, disparu au mois de février dernier, à l’âge de 84 ans.

Passionné par l’œuvre de Thomas d’Aquin, Joyce ou Borgès , mais aussi amateur des romans policiers de l’Anglais Conan Doyle ou de l’Américain Rex Stout , Umberto Eco est un penseur inclassable, qui mêle le goût des connaissances au plaisir de la lecture.

Dans cette seconde émission, découvrons certains thèmes d’inspiration chers à celui que l’historien Jacques Le Goff surnommait « le grand alchimiste » : son goût pour l’histoire des sciences, comme autant de défis à la raison humaine, mais aussi son amour des livres et des bibliothèques...

Avec les extraits des oeuvres suivantes, éditées chez Grasset :

Lector in fabula ( 1979) : le rôle actif du lecteur

Le Pendule de Foucault ( 1990, traduction de Jean-Noël Schifano) : le mystère de l'éternité immobile

L’île du jour d’avant (1996) : l'obsession du temps

Essais et conférences : Umberto Eco, l'arpenteur des labyrinthes de la culture

La Mystérieuse flamme de la reine Loana ( 2005) : l'autobiographie d'un homme pudique

De la littérature, recueil de conférences et entretiens (2002) : le métier d'écrivain

Programmation musicale :

Paolo Conte, Vian con me

Charles Trenet, Il y avait des arbres

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