Dès la petite enfance, je parle deux langues. A la maison, je parle l’espagnol qui est la langue de mes parents, réfugiés politiques. A l’extérieur, je parle le français. Schématiquement, les choses vont peu à peu se construire ainsi : l’espagnol va devenir la langue du dedans, la langue de l’intime, des ripostes intérieures, la langue qui prend en charge tout ce que ne peut porter la langue du dehors qui est la langue officielle, tout ce qui par elle est laissé de côté : le mauvais goût, les grosses blagues (...) tout ce qui est excessif et qui déborde. Le français, parallèlement, s’impose à moi comme la langue de l’école, la belle langue des livres, la langue qui sait mentir, qui s’aime, qui se regarde, qui fait du style, la langue contrôlée, parfaite, parfaitement grammaticale. Ces deux langues en moi vont entrer en guerre, dès le début. (…)

En fait tout se passe comme si cette guerre des langages avait lieu à l’intérieur de moi. Mais c’est une guerre que j’aime. Que je désire. Une guerre amoureuse dont je ne me lasse pas. Parce que, sans doute, elle féconde cette autre langue qui est la langue de mes livres.

Cette langue singulière, ce français métissé d’espagnol, est celui d’une grande romancière, que j’ai le plaisir de recevoir aujourd’hui, pour cette première émission de la rentrée , qui inaugure la 7e saison de « ça peut pas faire de mal » : bonsoir, Lydie Salvayre

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salvayre © Radio France

L’an dernier, vous avez reçu le prix Goncourt pour votre très beau roman, Pas pleurer , publié aux éditions du Seuil. Vous y rendiez hommage à votre mère, réfugiée espagnole exilée en France en 1939.

Votre histoire familiale traverse l’ensemble de vos livres, et vous inspire une écriture forte et originale, aux accents de révolte et d’insoumission.

Ce soir, nous allons parcourir ensemble quelques-unes des plus belles pages de votre œuvre, toujours à la frontière entre deux réalités : le français et l’espagnol, le passé et le présent, la normalité et la folie…

Avec les extraits suivants :

  1. Pas pleurer (Seuil, 2014) (1/2) : la langue maternelle de Lydie Salvayre

2. Pas pleurer( 2/2) : le portrait émouvant de sa mère vieillissante

3.La Compagnie des spectres (Seuil, 1997) : la violence de la relation mère-fille

  1. La Déclaration (Julliard, 1990) : portrait d’un homme en proie à la dépression et à l’obsession du Minitel rose

  2. Hymne (Seuil, 2011) : portrait de Jimi Hendrix, icône d’une génération

  3. La Conférence de Cintegabelle (Seuil, Verticales, 1999) : défense de l’art de la conversation

  4. En conclusion : Sept Femmes (Perrin, 2013) : portrait de la romancière autrichienne Ingeborg Bachmann

Avec les voix d'André Malraux, Ingeborg Bachmann (Archives INA)

Programmation musicale :

JIMI HENDRIX, All along the watchtower

AMPARO SANCHEZ, Luces en el mar

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