Là où s’effacent les chemins, où finit le silence, j’invente le désespoir, l’esprit qui me conçoit, la main qui me dessine, l’œil qui me découvre. J’invente l’ami qui m’invente, mon semblable ; et la femme, mon contraire, tour que je couronne d’oriflammes, muraille que mon écume assaille, ville ravagée qui renaît lentement sous la domination de mes yeux.

Contre le silence et le vacarme, j’invente la parole, liberté qui s’invente et m’invente chaque jour.

Violent et paradoxal, tel est le manifeste d’un jeune poète qui se donne pour quête la fusion des contraires : l’ombre et la lumière, la solitude et l’amour, l’Histoire et la poésie. Ce texte inaugural, publié en 1949 dans le recueil Liberté sur parole , est signé par un écrivain qui deviendra, aux côtés du Chilien Pablo Neruda ou de l’Argentin Jorge Luis Borges, l’une des grandes figures de la littérature hispano-américaine : il s’agit du mexicain Octavio Paz . Né en 1914 à Mexico, mort en 1998 à l’âge de 84 ans, celui qui fut poète et essayiste, mais jamais romancier, a vu son œuvre saluée par le Prix Nobel de Littérature en 1990.

Octavio Paz, NRF Gallimard
Octavio Paz, NRF Gallimard © Radio France
Ce soir, à l’occasion du centenaire de sa naissance, feuilletons l’œuvre poétique et critique de cet amoureux des cultures et des civilisations, qui s’est passionné pour le dialogue entre l’Orient et l’Occident. Grand voyageur, **Octavio Paz** fait carrière, dans les années 1960, comme ambassadeur du Mexique en Inde. Fervent lecteur des mystiques espagnols et des sagesses hindoues, amateur de haïkus japonais, il est surtout un grand admirateur des surréalistes français, qu’il rencontre à Paris dans les années 1950. Il se lie d’amitié avec**André Breton et Benjamin Péret** , qui lui inspirent l’un des thèmes majeurs de sa poésie : l’amour fou… Avec des extraits des oeuvres suivantes : 1. _"Le figuier" et "Le Papillon d'obsidienne",_ poèmes tirés du recueil **_Liberté sur parole_** , publié en 1949 (traduction de Jean-Clarence Lambert et Jean-Claude Masson, Gallimard, Pléiade, 2008) 2. Extrait de l’essai_**Le Labyrinthe de la solitude**_ , publié en 1950__ (Fayard, 1959, traduction Jean-Clarence Lambert) 3. _"Nuit blanche"_ , poème tiré du recueil **_Salamandre_** , publié en 1962 (Gallimard, 1980, traduction de Jean-Claude Masson) 4. Extrait de **_Pierre de soleil_** , écrit en 1957 (Gallimard, 1962, traduction Benjamin Péret) 5. Extrait de l'essai _**L'Arc et la Lyre**_ , publié en 1956 (Gallimard, 1965, traduction Roger Munier et Jean-Claude Masson) 6. _"Le Balcon"_ , poème extrait du recueil **Versant Est** (Gallimard, 1970, traduction Ysé Amory, Carmen Figueroa, Jean-Claude Masson et Jacques Roubaud) 7. _"Nocturne de San Ildefonso"_ , poème tiré du recueil _**Le Feu de chaque jour**_ (_Vuelta_ , 1979) (Gallimard, 1986, traduction Claude Esteban) 8. Extrait de l'essai _**La Quête du temps**_ , discours de réception du Prix Nobel de Littérature, 1990 (Gallimard, traduction Jean-Claude Masson) Avec la voix de **Octavio Paz (Archives INA)** **Programmation musicale :** Chavela Vargas: "Tu me acostumbraste"Lucia Alvarez : "Acaso"
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