(Re) Découvrez Gabriel Garcia marquez à travers "L’Incroyable et triste histoire de la candide Erendira et de sa grand-mère diabolique".

Gabriel Garcia Marquez en 1991 à Carthagène
Gabriel Garcia Marquez en 1991 à Carthagène © Getty / Ulf Andersen

Ma grand-mère maternelle, Tranquilina Iguaran, que l’on appelait Mina, était la femme la plus crédule et la plus émotive que j’aie jamais connue. Les mystères de la vie quotidienne l’épouvantaient. Car Mina voyait les fauteuils à bascule osciller tout seuls, croyait que le spectre de la fièvre puerpérale se faufilait dans les chambres des femmes en couches, que l’odeur des jasmins du jardin était un esprit invisible. Prophétesse de métier, elle était aussi guérisseuse.

Nous avions elle et moi une espèce de code secret pour communiquer avec un univers invisible. Durant la journée, son monde magique me paraissait fascinant, mais la nuit il m’inspirait une terreur pure et simple : la peur des ténèbres m’a poursuivi toute ma vie. A l’époque, mes angoisses d’enfant s’exprimèrent soudain par de rapides battements de paupière. Un rationaliste de la famille conseilla de me conduire chez l’oculiste. De son côté, ma grand-mère parvint à la conclusion providentielle que son petit-fils était un devin. Je me mis donc à raconter les histoires les plus incongrues, en les émaillant de détails fantastiques pour me faire écouter des adultes. Un jour, Mina faillit s’évanouir parce que j’avais rêvé pour de vrai qu’un oiseau vivant sortait de la bouche de mon grand-père. « Ave Maria Purisima ! s’écria-t-elle, cet oiseau est habité par le diable ! ». Quel milieu familial eut été plus propice à éveiller ma vocation d’écrivain que cette maison de fous, peuplées de vieilles tantes célibataires et de domestiques indiennes, dirigée par cette femme au caractère invraisemblable ?

Gabriel Garcia Marquez en 2002
Gabriel Garcia Marquez en 2002 ©

Cette grand-mère fantasque, d’origine indienne, a nourri l’imaginaire d’un enfant qui allait devenir l’un des plus grands écrivains d’Amérique du Sud : le colombien Gabriel Garcia Marquez . Auteur de chefs d’œuvre comme Cent ans de solitude ou Chronique d’une mort annoncée , l’écrivain,prix Nobel de Littérature en 1982 , nous a quittés au printemps dernier, à l’âge de 87 ans. Ce portrait plein de tendresse est tiré de ses mémoires, intitulées Vivre pour la raconter , où il rend hommage à ses grands-parents qui l’ont élevé, lui, l’aîné d’une fratrie de seize enfants, dans un village désertique de la côte Caraïbe, qui deviendra le lieu mythique de ses principaux romans, sous le nom de Macondo.

S’il s’inspire beaucoup de son grand-père, ex-colonel et vétéran des guerres civiles, Gabriel Garcia Marquez reconnaît l’influence de sa grand-mère dans le ton singulier de ses nouvelles, teintées d’humour et de violence, d’irrationnel et de mystère.

Ce soir, pour la première émission de la rentrée, j'ai le plaisir de vous faire découvrir, parmi les multiples talents de l’écrivain, - qui fut à la fois romancier, journaliste, et scénariste -, son talent particulier de conteur, à travers l’un de ses célèbres recueils de nouvelles, publié en 1972, et qui fut longtemps mon livre de chevet. Voici donc L’Incroyable et triste histoire de la candide Erendira et de sa grand-mère diabolique…

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Avec les passages suivants :

En introduction : extrait de l'autobiographie de l'auteur, Vivre pour la raconter (Grasset, traduction Annie Morvan, 2003)

Plusieurs extraits des nouvelles du recueil__ _L’incroyable et triste histoire de la candide Erendira et de sa grand-mère diabolique_ (Grasset, 1977, traduction Claude Couffon) :

-"Le Dernier voyage du vaisseau fantôme"

-"Un monsieur très vieux avec des ailes immenses"

-"La mer du temps perdu"

En conclusion : Les funérailles de la Grande Mémé (Grasset, 1962)

Avec les voix de Claude Couffin , traducteur, et Jacques Gilard (Archives INA)

Programmation musicale :

« Amor e pra quem ama », par Lenine

« Una alborada de amor », par Septeto son de nipe

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