Ménalque descend son escalier, ouvre sa porte pour sortir, il la referme ; il s’aperçoit qu’il est en bonnet de nuit ; et venant à mieux s’examiner, il se trouve rasé à moitié, il voit que son épée est mise du côté droit, que ses bas sont rabattus sur ses talons, et que sa chemise est par-dessus ses chausses. Il cherche, il brouille, il crie, il s’échauffe, il appelle ses valets l’un après l’autre, on lui perd tout, on lui égare tout ; il demande ses gants qu’il a dans ses mains ; semblable à cette femme qui prenait le temps de demander son masque, lorsqu’elle l’avait sur son visage. Il entre dans l’appartement, et passe sous un lustre où sa perruque s’accroche et demeure suspendue, tous les Courtisans regardent et rient ; Ménalque regarde aussi, et rit plus haut que les autres, il cherche des yeux dans toute l’assemblée où est celui qui montre ses oreilles, et à qui il manque une perruque. S’il va par la ville, après avoir fait quelque chemin, il se croit égaré, il s’émeut, et il demande où il est à des passants, qui lui disent précisément le nom de sa rue ; il entre ensuite dans sa maison, d’où il sort précipitamment, croyant qu’il s’est trompé.

Portrait de La Bruyère, par Nicolas de Largillière
Portrait de La Bruyère, par Nicolas de Largillière © Domaine public

C’est avec ce goût pour l’ironie, qu’un célèbre écrivain du XVIIe siècle croque le ridicule de ses contemporains : il s’agit de Jean de La Bruyère , et de ses fameux Caractères ou les mœurs de ce siècle , publiés anonymement en 1688. Témoin des mœurs de son temps, le moraliste s’amuse à dénoncer les vices de son époque. Personne n’échappe au regard satirique qu’il porte sur son siècle, surnommé « Le Grand Siècle » de Louis XIV. Ses Caractères épinglent à la fois les Grands et les petits, les Princes et les Courtisans, les hommes et les femmes, les faux dévots et les libertins, les ministres et les gens du peuple… Mais le projet de La Bruyère est aussi d’esquisser un portrait universel de la nature humaine, pétrie de paradoxes, capable du meilleur comme du pire.

Ce soir, en ce week-end de Pâques, écoutons quelques-unes de ces vérités essentielles sur l’homme, qui sont toujours bonnes à entendre… Et pour m’accompagner dans cette lecture, j’ai le plaisir d’accueillir une très grande amie et grande comédienne, amoureuse des Galants et de la littérature de Salon : bonsoir, Catherine Salviat

Extrait des Caractères , de La Bruyère, édition de l'Imprimerie Nationale, 1998.

Programmation musicale :

-Marc Antoine CHARPENTIER, "In hoc festo" par les Arts florissants

-Asleep Half : "We are now seated in profile"

Avec la voix de l'écrivain égyptien Alaa Al-Aswany (Archive INA)

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