Ce soir, ouvrons ce récit biographique, "Je t'aime affreusement", un premier livre d'Estelle Gapp : un hommage à la fille de Marina Tsvetaeva, qui a sacrifié sa vie à l'oeuvre de sa mère.

Marina Tsvetaeva avec sa fille Ariadne
Marina Tsvetaeva avec sa fille Ariadne © Getty / Heritage Images

Extrait de "Je t'aime affreusement"

« Moscou, mars 1955. Дорогая мама, chère Mère, je me souviens que toute mon enfance, je vous ai appelée par votre prénom. Comme si ce mot, « mère », il m’avait fallu toute une vie pour le prononcer. J’ai quarante-deux ans et j’ose à peine commencer à vivre, après seize ans de Goulag. Mais peut-on jamais oublier ? Aujourd’hui, après deux années de procédures, je suis enfin libérée, réhabilitée. Mais à quel prix ?  Me libérerai-je de votre visage qui me hante, jour et nuit, comme une obsession, sans espoir de consolation ? Me libérerai-je de vous, qui avez été mon tyran ? »

Ces mots violents, nourris de sentiments contradictoires, sont ceux d’une lettre fictive, d’un testament imaginaire. Ce sont les mots qu’auraient pu écrire Ariadna Efron, à sa mère, la grande poétesse russe, Marina Tsvetaeva. 

Ariadna Efron et Marina Tsvetaeva

Née à Moscou en 1912, Ariadna connaît les grands bouleversements du XXe siècle : deux guerres mondiales, la Révolution de 1917, l’exil, puis la Terreur stalinienne, qui la condamne à seize ans de déportation. Sa mère, Marina, se suicide de désespoir en 1941. A son retour des camps, en 1955, Ariadna a 42 ans. Elle consacre les vingt dernières années de son existence à lutter contre la censure, et à faire éditer l’oeuvre de sa mère. 

Lorsqu’elle s’éteint en 1975, à l’âge de 62 ans, Ariadna a sacrifié sa vie à son devoir : sauver la poésie de sa mère Marina Tsvetaeava, et la mémoire de sa famille, disparue pendant la guerre.

C’est ce destin hors du commun que retrace Estelle Gapp, ma collaboratrice depuis dix ans, dans un livre qui vient de paraître aux éditions des Syrtes. Son titre, Je t’aime affreusement, évoque l’amour dévorant qui unit Ariadna à Marina, mais aussi l’amour universel qui fait la complexité des relations mères/filles.

Ouvrons cette correspondance à une voix, ce monologue intérieur, qu'Estelle Gapp imagine, afin de permettre à Ariadna de raconter sa propre histoire. Car si cette lettre n’a jamais existé, les événements qu’elle relate sont, hélas, bien réels.

Partons à la rencontre de cette petite fille aux grands yeux bleus, qui a vécu dans l’ombre de sa mère, à l’ombre de la grande histoire… 

Une lettre écrite par Marina Tsvetaeva à Rainer Maria Rilke le 9 mai 1926
Une lettre écrite par Marina Tsvetaeva à Rainer Maria Rilke le 9 mai 1926 © Maxppp / Marijan Murat/dpa/picture-alliance

Références

Extraits de Je t'aime affreusement, publié aux éditions des Syrtes

Programmation musicale :

Elena Frolova chante Marina Tsvetaeva : « Madelaine »

Bande-originale du film « Dr Zhivago » de Ludovico Einaudi

Aller plus loin

  • Le vendredi 14 juin, à partir de 18h : Rencontre avec Estelle Gapp à la Librairie Quilimbo, 23 rue Voltaire, Paris 11e, soirée spéciale "Les Etoiles Noires/ Marina Tvsetaeva", avec la projection du film "Elégies de Paris" d'Aleksandra Svinina
  • Le mardi 25 juin, à partir de 18h : rencontre avec Estelle Gapp à la Librairie Kléber, 1 Rue des Francs-Bourgeois, Strasbourg
  • L'émission Ariadna Efron (1912-1975), dans les labyrinthes de l’Histoire diffusée sur France Culture en 2017 est à écouter ICI
  • "Je t’aime affreusement" ou l’absolu de la relation mère-fille, un article à retrouver ICI

Les extraits sonores 

Véronique Lossky: J’ai été subjuguée et terrorisée par la fille de  Marina  Tsvetaeva  ,une femme écrasée par sa mère et broyée par le « siècle broyeur » Les chemins de la connaissance 26/01/1987

Extrait du recueil « Insomnie et autres poèmes » de Marina Tsvetaeva 

Je m'ouvre les veines : irrécupérable/ Et ingarrottable, la vie coule à flots. / Mettez au-dessous assiettes et seaux ! / Toutes les assiettes seront toujours plates, / Petits les seaux. (6 janvier 1934) 

Une vie, une oeuvre   23/05/1991  Francesca Isidori

Irina EMELIANOVA, belle-fille de Boris Pasternak, amie intime de Ariadna Efron :Sa première rencontre avec Ariadna Efron après son  retour du goulag 

Une vie une œuvre-2017 Estelle Gapp 

Lecture d’Alia de Marina Tsvetaeva par Anne Marie Philipe

Albatros- France Culture  01/06/1980

Extrait du film L'aveu de Costa Gavras 

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