Emmanuel Macron a présenté jeudi le contenu des ordonnances réformant le code du travail.

 Illustration réforme du Code du Travail.
Illustration réforme du Code du Travail. © Maxppp / Jean-François FREY/PHOTOPQR/L'ALSACE

Ce matin dans Café Europe, nous faisons un tour d‘horizon des principaux pays européens qui ont déjà réformé leur droit du travail et les méthodes qu’ils ont employé pour lutter contre le chômage avec plus ou moins de réussite.

Mini-jobs en Allemagne, contrat zéro heures en Grande Bretagne, job-act italien... Dès qu’il s‘agit de trouver des solutions pour lutter contre le chômage, les gouvernements, tous estampillés sur le plan politique de "centre gauche", sont très inventifs surtout en matière de flexibilité.

A tout seigneur tout honneur, au royaume du libéralisme roi, ce sont les britanniques qui ont tirés les premiers. Tony Blair, des 1996, met en place les contrats zéro heure. Le principe est simple : il réduit au minimum la relation employeur/ employé.

Pas d‘indication horaire, pas de durée minimum de travail. Ce type de contrat permet une adaptation maximale de l’entreprise à l’activité. En 2010, ce type de contrat s’est généralisé sous David Cameron. Celui-ci en a profité pour durcir les conditions d’indemnisation chômage pour inciter davantage les chômeurs au retour vers l’emploi. En 2015, un million et demi de salariés britanniques avaient signé des contrats zéro heure.

C’est ensuite l’Allemagne qui a embrayé derrière les britanniques

On se souvient qu’au début des années 2000, l’Allemagne était encore « l'homme malade de l’Europe » avec un chômage endémique a plus de 10%. En 2002, le chancelier social-démocrate Gerhard Schröder fait appel au directeur du personnel de Volkswagen, Peter Hartz. Ce dernier forme une commission dans laquelle sont représentés syndicats, patronat, universitaires et fonctionnaires.

En août 2002, Peter Hartz présente un rapport qui prône la libéralisation du marché du travail, la facilitation du travail temporaire et la refonte de l’assurance-chômage. Des mars 2003, Gerhard Schröder présente son agenda 2010. Il reprend dans les fameuses lois Hartz les principales dispositions. l’une d’elle fait polémique puisqu’elle supprime le salaire minimum. Salaire minimum réintroduit en 2014.

L’Italie et l’Espagne se sont également mis dans la boucle

En Italie Matteo Renzi a profité de son bref passage à la présidence du Conseil pour créer un nouveau contrat de travail à durée indéterminée, dit “à protection croissante”. Ce "Job act" italien a notamment revu le fonctionnement du CDI, qui se traduit désormais par une période d'essai rallongée, allant jusqu'à une durée de trois ans, et incluant une augmentation graduelle des indemnités selon l'ancienneté de l’employé.

Il s’attaque aussi à un dossier explosif en supprimant l’obligation de réintégrer un salarié en cas de licenciement injustifié. Ce fameux article 18 du code du travail italien faisait figure de totem absolue aux yeux des syndicats. Autant de mesures qu’il a réussit à faire passer malgré une opposition massive dans la rue.

En Espagne, de nouvelles lois, pourtant très impopulaires ont également flexibilisé le marché du travail

La réforme phare du marché du travail à Madrid remonte à début 2012.

L’objectif était de flexibiliser les conditions d’embauche et de licenciement pour encourager la création d’emplois. Les nouvelles règles ont instauré une suprématie des accords d’entreprises sur les conventions de la branche, et facilité les modifications unilatérales des conditions de travail. La définition du licenciement économique a été élargie, les indemnités de licenciement réduites et l’autorisation administrative de licenciement a été supprimée.

Puisque Emmanuel Macron s‘est également engagé dans cette voie, la question que l’on se pose est simple : est ce que cela donne des résultats ?

La réponse est oui, car le chômage est en baisse dans la plupart des pays européens, même s‘il y a encore 20 millions de sans-emplois dans l’union européenne.

Au Royaume uni, en Allemagne, le chômage est historiquement bas. Il diminue également en Italie et en Espagne. Des résultats à nuancer estiment certains économistes qui posent la question du type d‘emplois retrouvés : temps partiel ? Temps complet? A quelles conditions salariales ?

Cela pose la question de l’augmentation de la précarisation ; beaucoup de questions également autour du miracle espagnol qui vient de créer un million d‘emplois après en avoir détruit trois millions. Des créations dans le secteur du tourisme et du bâtiment, ce qui fait craindre une nouvelle bulle spéculative immobilière.

En fait ces résultats montrent qu’il y a autant de Flexisecurité que de pays en Europe.

La question de la lutte contre le chômage reste d’abord et avant tout une question nationale

On passe en effet souvent d‘un extrême a l’autre. Du système britannique qui ne préserve que très peu de droits aux salariés, aux système scandinaves qui se caractérisent par une forte souplesse du marché du travail, mais avec un niveau de prélèvements obligatoires élevés, ce qui permet de corriger les inégalités sociales induites par une plus forte flexibilité du marché du travail.

Le choix d ‘Emmanuel Macron sera-t-il le bon pour les travailleurs français et l’économie du pays ? On ne le saura que dans quelques années..

Quelques brèves européennes

  • Emmanuel Macron sera en Grèce la semaine prochaine

Une visite que l’Elysée souhaitait solenniser pour deux raisons. Si la Grèce va mieux, le pays reste le symbole de la crise de la zone euro. Or Emmanuel Macron souhaite mettre en place une réforme de la gouvernance de la zone euro. Le chef de l’Etat souhaite également montrer que la France est aux côtés de la Grèce. On se souvient qu’en juillet 2015, au plus fort de la crise de la dette Grecque, au moment ou l’Allemagne souhaitait que la Grèce quitte la zone euro, Emmanuel Macron, alors à Bercy, s’était battu bec et ongles avec François Hollande pour le maintien de la Grèce dans l’Euro. Il revient a Athènes en tant que président. Un déplacement qui aura donc une portée très symbolique.

  • La Roumanie se voit déjà dans la zone euro

La Roumanie se verrait bien adopter l’euro d’ici 5 ans. c’est en tout cas le souhait de son ministres des affaires étrangères. La Roumanie est un des Etats membres les plus pauvres de l’Union, mais selon des estimations, d’ici à 2020, presque 600 000 personnes devraient sortir de la pauvreté (sur 21 millions d’habitants).

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.