C’est la nouvelle star de l’énergie : l’hydrogène. Depuis la rentrée, le gouvernement ne cesse de vanter ses mérites pour décarboner industries et transports. D’ici 2030, 7,2 milliards d’euros seront investis - mais est-ce vraiment la solution miracle ?

Hydrogène
Hydrogène © Getty

Nouvelle star de notre politique énergétique, ce gaz pourrait permettre de décarboner l'industrie et les transports. Même Airbus promet un avion à hydrogène en 2035. De l'or aux yeux de nos dirigeants qui en font des caisses, mais vous avez peut être fait attention, Jean Castex, le Premier ministre a bien précisé "Hydrogène vert", parce que les 70 millions de tonnes d'hydrogène produites actuellement chaque année dans le monde ne sont pas du tout propres (l'hydrogène, je le rappelle, n'est pas du tout une source d'énergie : c'est un vecteur, qu'il faut donc fabriquer, comme l'électricité). 

L'hydrogène est issu en majorité du gaz et du charbon. Autrement dit, c'est un sous produit des énergies fossiles. Donc, avant de tous carburer à l'hydrogène, il va falloir le rendre vert, effectivement, et c'est là que les choses se corsent. Le petit astérisque en bas de la feuille sur lequel le gouvernement s'étend un peu moins, au regret de Frédéric Beaune, astrophysicien à Toulouse, qui vient de signer avec ses collègues de l'Atelier d'écologie Politique une tribune pour "dénoncer des effets d'annonce aguicheurs, et nous, désenfumer", je cite "sur l'hydrogène" 

C'est pas sérieux du tout, on nous promet une solution en mettant sous le tapis le plus gros problème qui est la production d'hydrogène. 

Production par électrolyse de l'eau, procédé nécessitant du courant bas carbone, bien sûr. Et là, c'est un autre signataire, Guillaume Carbou, sociologue spécialiste des questions d'environnement à l'Université de Bordeaux, qui explique :

"On peut faire de l'hydrogène décarbonée, mais il va falloir utiliser beaucoup d'électricité et beaucoup d'électricité, soit nucléaire, soit renouvelable, ce qui impliquerait un développement important des éoliennes, ou des panneaux photovoltaïques ou des réacteurs nucléaires. 

Par exemple, si on voulait alimenter en hydrogène l'équivalent du trafic aérien à Paris-Charles de Gaulle, Il faudrait y consacrer 16 réacteurs français nucléaires, et on en a une cinquantaine aujourd'hui. 

Ou alors il faudrait couvrir l'équivalent de la surface d'un département entier d'éoliennes, c'est à dire doubler le nombre d'éoliennes qu'on a actuellement en France." 

Et leurs calculs ne parlent que de l'aéroport Charles de Gaulle. Imaginez les quantités faramineuses pour tous les transports et l'industrie. Sans parler du rendement bien moindre de l'hydrogène et de la difficulté à le transporter et le stocker parce qu'il prend de la place en étant liquéfié. Christian de Perthuis, fondateur de la chaire Economie et Climat à Paris Dauphine, tempère un peu lui aussi :

On ne pourra pas tout faire avec l'hydrogène. Il faudra faire des choix et donc il faudra utiliser l'hydrogène là où il y aura la plus grande valeur ajoutée. 

On va rentrer maintenant dans une phase de transition énergétique où les différentes sources d'énergies renouvelables vont rentrer en concurrence les unes avec les autres. Il va y avoir une compétition entre les batteries et l'hydrogène". 

Hydrogène auquel deux milliards d'euros sont consacrés dans le plan de relance : le budget a été multiplié par 20. D'ici dix ans, 7,2 milliards et la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, vante cette révolution à venir dans un petit clip. 

Ça ne fait pas rêver notre scientifique Guillaume Carbou, qui se défend, cela dit, d'être rabat-joie : "On est extrêmement inquiets de voir que les décideurs politiques, la communication commerciale sur le sujet ne soient pas explicites sur ces enjeux-là et sur ce que ça représente réellement pour la société. Ça peut être très bien, l'hydrogène, il n'y a aucun souci, mais il faut que soit très, très clair qu'il ne soit pas présenté comme une solution miracle parce que ça n'en est pas une." 

Encore moins quand, dans le fond, il s'agit de trouver une alternative énergétique par la technologie pour continuer à vivre comme on le fait, c'est à dire sans remettre en cause nos modes de vie. 

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