La semaine dernière à Davos, la jeune militante ougandaise Vanessa Nakate était coupée d'une photo avec Greta Thunberg. Elle avait dénoncé un acte de racisme, qui montre aussi à quel point l'Afrique est absente dans le traitement de l'urgence climatique. Greta Thunberg a tenté de rattraper le coup vendredi.

Conference de presse avec des activistes de Youth for Climate et Friday for Future, a La Casa Encendida (Madrid) pendant le COP25, avecGreta Thunberg (Fridays for Future Sweden) et Vanessa Nakate (Fridays for Future Uganda)
Conference de presse avec des activistes de Youth for Climate et Friday for Future, a La Casa Encendida (Madrid) pendant le COP25, avecGreta Thunberg (Fridays for Future Sweden) et Vanessa Nakate (Fridays for Future Uganda) © AFP / PABLO PORLAN / HANS LUCAS

Greta Thunberg, la suédoise de 17 ans, touchée par un mauvais karma…

Elle a traversé l’Atlantique à la voile pour rien ou presque, puisque la COP25 au Chili, pour laquelle elle avait fait le voyage a été déplacée en Espagne ! À l’arrivée une COP25 très décevante, un échec selon les observateurs.

Greta Thunberg avait une intervention au forum économique de Davos, devant tous les puissants de ce monde, il y a dix jours. Pour leur dire une nouvelle fois que leurs actes ne correspondent pas aux discours et qu’ils doivent agir. Paroles « complètement ignorées » selon elle. Et c’est encore en Suisse qu’arrive le 3e acte du mauvais karma.

Une photo diffusée par l’Associated Press, AP, la principale agence de presse américaine sur laquelle on y voit la suédoise entourée de trois autres jeunes militants devant les montagnes enneigées. Sauf qu’ils étaient quatre en réalité. Tout à gauche il y avait Vanessa, Vanessa Nakate, ougandaise de 23 ans, mais coupée sur la photo, où Greta Thunberg est bien au centre. 

Vanessa Nakate a donc réagi dans une vidéo.

Pour la première fois de ma vie, j’ai compris la définition du mot racisme. Est-ce que ça veut dire que je ne vaux rien en tant que militante africaine ou… que les Africains n’ont aucune valeur ?

Qu’a dit l’Associated Press ? Ont-ils donné une explication ?

Le directeur a expliqué, que « le photographe a recadré la photo pour des raisons de composition, car il pensait que le bâtiment en arrière-plan était distrayant ». Il y a un immeuble derrière Vanessa Nakate. L’agence s’est finalement platement excusée, face au tollé et Greta Thunberg a très vite montré sa solidarité avec l’Ougandaise, elle a même, pour vraiment se détacher de toute cette polémique, organisé vendredi une conférence de presse à Stockholm.

Ce qui a symbolisé, même, l’histoire de la photo coupée : l’Afrique ne compterait pas, dans l’urgence climatique. On l’oublie, on l’isole, on l’efface… Et cela pour de mauvaises raisons, comme le disait vendredi la jeune scientifique sud-africaine, Ndoni Mcunu :

On dit que l'Afrique ne représente que 5%, environ 5% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde… Pourtant, nous sommes les plus touchés.

Le continent africain est touché par des sécheresses sévères, la désertification galopante, des incendies, en particulier dans l’Afrique subsaharienne. D’après l’étudiante, qui rédige une thèse au Global Change Institute à Johannesburg, "près de 20 millions de personnes ont fui à cause de ces changements et près de 52 millions seraient dans un état d'insécurité alimentaire". 

Comment se fait-il que nous soyons invisibles dans les informations ?

Vanessa Nakate, l’Ougandaise, va même plus loin : ce n’est pas qu’une question de médias selon elle, mais de mentalité entre les pays développés et les autres : 

Tout ça m'a fait réaliser à quel point les pays du sud n'ont aucune chance de s'exprimer et d'être entendus par les autres. Pourtant, il y a des défenseurs du climat qui méritent d'être entendus et respectés, parce qu'ils ont tous des choses à dire.

Racisme, injustice, discrimination, ajoute-t-elle. Quand Greta Thunberg, la Suédoise, a focalisé toute l’attention depuis un an. 

Avouons-le : qui pouvait, il y a encore une semaine, donner le nom d’un autre jeune activiste qui se bat face à l’urgence climatique ? Vous connaissez désormais Vanessa Nakate, propulsée dans la lumière grâce à son invisibilité et c’est tout de même bien dommage d’en être passé par là. 

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