Depuis 2016, les échouages de dauphins se multiplient sur les côtes françaises, et cet hiver 2020 bat tous les records pour l'instant. Les scientifiques basés à La Rochelle ne peuvent que constater la catastrophe, et s'inquiètent.

L'hécatombe des dauphins
L'hécatombe des dauphins © AFP / RAYMOND ROIG

Hélène Peltier a fait le compte ce matin : 780 dauphins échoués depuis le début de l'hiver sur la façade Atlantique, en Vendée majoritairement, mais aussi en Charente-Maritime, en Bretagne et jusqu'à la Gironde. La biologiste de l'Observatoire Pelagis, rattaché à l'université de La Rochelle-CNRS, spécialiste des captures accidentelles, n'a jamais vu ça. 

Pour l'instant, exactement à la même date l'an dernier qui était déjà une année record, on est encore plus élevés que ce qu'on a jamas enregistré : 780 dauphins échoués, c'est 240 de plus qu'au même moment en 2019"

Un dauphin échoué dans la baie de Douarnenez, plage Sainte-Anne la Palud, en décembre 2019
Un dauphin échoué dans la baie de Douarnenez, plage Sainte-Anne la Palud, en décembre 2019 © Radio France / Catherine Cornec

Depuis 2016, les registres ne cessent de se remplir, au fur et à mesure que l'hécatombe s'accumule sur les plages.  Hélène Peltier enregistre des échouages tous les jours, avec souvent plusieurs dizaines de dauphins au même endroit, et les stigmates de la pêche pour 95% d'entre eux :

Il peut y avoir des marques de filet, on voit des petites coupures au niveau du bec et des nageoires. Certains sont parfois carrément amputés des nageoires - quand le pêcheur récupère son filet, mais les animaux sont déjà morts - et d'autres morts asphyxiés sous l'eau pendant qu'ils étaient en train de manger car leur estomac est plein".

L'enjeu : éviter le déclin des populations de dauphins

Ces échouages massif – au-delà de faire de la peine pour une espèce que tout le monde aime – montrent une menace inquiétante : le déclin des populations de dauphins. Les 780 dauphins comptabilisés aujourd’hui ne représentent que 10% des dauphins effectivement morts à cause de la pêche dans le golfe de Gascogne ! 

Plus de 7.000 autres, donc, ont coulé au fond de l’eau, ou été poussés au large par les vents, sans vie, raconte la biologiste Hélène Peltier. Avec des conséquences possibles sur tout l’écosystème :

Tous les cas d'écosystèmes où on a vu diminuer les prédateurs a eu des effets en chaîne : ils ont leur importance, ils régulent les populations, donc ce n'est pas que pour le côté mignon du dauphin que c'est inquiétant !"

200.000 dauphins communs - l'espèce la plus concernée par les échouages - sont présents dans le Golfe de Gascogne. L'un des facteurs qui pourrait être à l'origine de ces captures accidentelles, est le fait que ces dernières années, "ils semblent s’agglutiner près des côtes, pour se nourrir, des mêmes poissons (sardine et anchois) que le merlu et le bar, pêchés aux mêmes endroits, de fait. Donc les pêcheurs capturent accidentellement des dauphins."

Regroupés plus près des côtes, et donc des zones de pêche

Des captures qui ne sont pas sanctionnées aujourd’hui, au grand dam des militants de Sea Shepherd qui patrouillent en ce moment au milieu des chalutiers et des fileyeurs pour dénoncer le massacre, et essayer surtout d’en savoir plus sur ce qui se passe, car les militants comme les biologistes ne peuvent que faire des hypothèses sur ce qui arrive aux dauphins.

Ils se retrouvent coincés dans le chalut et paniquent, et meurent asphyxiés, ou ne voient pas le mur de filet tendu dans la mer et s'y retrouvent piégés, sans réussir à se dégager".

La façade Atlantique est l’une des zones du monde les plus touchées par ces captures, qui ne concernent, d'ailleurs, pas que les dauphins : il y a aussi des requins et plein d'espèces de poissons, le dauphin n'est que l'emblème d'un phénomène beaucoup plus large. Tout cela doit nous pousser à s'interroger sur les bonnes pratiques des bateaux de pêche". 

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