On prend l'air aujourd'hui avec l'école et la classe dehors

L'école dehors
L'école dehors © Getty

L'idée n'est pas toute jeune. Elle est apparue dans les années 50 au Danemark, confronté à un baby boom, ne sachant littéralement plus où mettre les enfants avant que ça ne se développe dans toute l'Europe du Nord et même au Canada. Vous aurez compris au passage que ce n'est pas réservé aux climats les plus chauds, mais les enfants se fichent pas mal du temps qu'il fait, du moment qu'ils sont bien équipés, en témoigne Jeane Churlot qui emmène ses maternelles de moyenne et grande sections à l'extérieur de l'école de Tauché, dans les Deux-Sèvres, tous les jeudis matin depuis 7 ans. 

"On sort tout le temps, même quand il pleut et que c'est le déluge, on est dehors quand même. Eux ils s'en fichent. Ils sont super contents. Parce que, on a le droit de courir dans les flaques d'eau. Alors on voit quand c'est profond et quand ça ne l'est pas. Donc on travaille sur les sciences et la hauteur d'eau. De même que les ondes qu'ils font quand ils posent le pied et que ça fait des ronds tout autour de leurs bottes. Quand on leur fait faire en classe des ronds concentriques, ça leur parle."

Une façon d'apprendre autrement et elle voit bien la différence et les avantages, elle qui enseigne depuis 1994. 

"L'école à l'intérieur peut être synonyme de souffrance parce que c'est du travail, ça a une connotation importante. On travaille, on fait beaucoup d'efforts. Et dehors, ils font les mêmes efforts, mais ils ne s'en rendent pas compte." 

Des systèmes complémentaires, un peu comme des vases communicants. On se sert de ce qu'on apprend en classe pour l'extérieur et vice versa. L'École dehors se développe en France, et encore plus depuis le printemps dernier, après le premier confinement et il n'y aurait que des bienfaits que des bienfaits, d'après les centaines d'études sur le sujet, relayées par la journaliste Moïna Fauchier-Delavigne, auteur de Emmener les enfants dehors, paru en septembre dernier chez Robert Laffont. 

On sait maintenant que enseigner dehors, intégrer la nature à l'éducation c'est positif pour les apprentissages, pour la réussite scolaire des enfants, pour l'activité physique, pour le développement émotionnel et social. Pour la conscience environnementale, pour les compétences cognitives, la créativité, la coopération, la concentration, etc.

Vous avez entendu dans la liste, il y a le développement, entre autres, de la conscience environnementale. 

"Une chercheuse qui s'appelle Louise Chawla, une Américaine qui a travaillé sur ce sujet là. Et elle s'est rendue compte que les adultes qui sont engagés dans la protection de l'environnement racontent tous avoir passé du temps à jouer dans la nature pendant leurs enfance." 

Illustration dans les Deux-Sèvres avec les élèves de Jeanne Churlot. 

"Systématiquement, quand ils vont se promener, s'ils voient des déchets, ils les ramassent, ils les rangent. Ils font très très attention à l'environnement. On a un rucher à côté de l'école, il y a une grande prairie. L'autre jour, il y avait une petite fille qui n'a pas déjà fait l'école dehors qui a commencé à cueillir des fleurs. Un grand est allé lui expliquer qu'il ne fallait pas cueillir les fleurs à cet endroit là parce que ce n'était pas loin des planches d'envol des abeilles. Et donc, les abeilles avaient besoin de fleurs. Le gamin il a 6 ans. Ils se l'expliquent entre eux. Il y a une transmission des informations au sein du groupe." 

Une prise de conscience du vivant qui nous entoure. Et cette possibilité d'accéder à l'extérieur, fait partie du rôle de l'école pour Moïna Fauchier-Delavigne :

"Leur offrir un accès à un environnement qui soit assez riche et complexe c'est leur offrir un accès à un monde réel. A défaut de ça, des enfants qui ne sont que à l'intérieur, qui ne partent pas en vacances, qui ne sont que dans une cour de récré qui est bétonnée etc. "

Ces enfants qui sont coupés de la nature et qui sont très nombreux en France et de plus en plus nombreux, leur vision du monde et leur rapport avec le monde, c'est un monde qui est artificiel, qui n'est pas riche et ils ne sont pas en contact avec du vivant. 

Pas besoin d'une grande forêt. Il y a toujours des lieux, un petit square, un jardin public, même un terrain vague. Heureusement, tout n'est pas encore complètement bétonné. Mais les adeptes en appellent quand même aux élus locaux et aux maires en particulier. "Aidez nous à sortir les enfants" lance une tribune écrite par Moïna Fauchier-Delavigne, publiée le 18 février dernier dans Libération et signée par 800 profs, chercheurs, médecins ou élus.  

Mettez à disposition des terrains communaux pour les écoles. Organisez l'achat de fournitures et de vêtements adaptés. Verdissez les cours de récré et valorisez l'action de ceux qui emmènent déjà les enfants dehors pour encourager ceux qui aimeraient le faire, mais n'osent pas encore. 

Car, précise le texte, tout ne repose pas sur le ministère l'Éducation nationale, qui a d'ailleurs au passage une rubrique Enseigner dehors sur son site internet. L'Extérieur comme nouvel horizon, encore plus en temps de crise sanitaire. C'est une belle perspective. 

Jeanne Chulot conclut à l'école de Tauché. 

"On sème des graines qui servent après, pour la suite. Ils seront d'autant plus à même que les graines ont été semées petits de comprendre plus grand l'importance de leurs actions."

L'équipe