Certains s’emballent depuis deux jours au sujet des « bons côtés » de l’épidémie. Mais quels sont les effets réels du coronavirus sur l'environnement ?

J’ai vu défiler plusieurs articles : « Coronavirus, un grand bienfait pour notre planète », ou « un impact inattendu sur le réchauffement climatique », ou « le coronavirus se propage mais la planète respire », ou encore, chez nous sur franceinter.fr, je cite toujours : « le coronavirus fait du bien à la planète ».

Avec partout cette image diffusée par la Nasa - image réalisée en fait par un satellite européen grâce à l’instrument « Tropomi », qui permet de mesurer et révéler la quantité de dioxyde d’azote dans l’atmosphère - et qui montre, donc, comment la pollution de l’air a baissé en Chine, dans la région de Pékin, entre le mois de janvier et le mois de février. 

C’est un montage avant/après où les taches rouges et orangées qui permettent de quantifier la pollution, ont littéralement disparu. « Impressionnante », « saisissante », « spectaculaire » baisse de la pollution, ce sont d’autres adjectifs qui sont beaucoup revenus. J’ai donc voulu comprendre s’il y avait bien des raisons de s’emballer, d’abord, et quelles seraient les conséquences à plus long terme. 3 spécialistes pour ça, d’abord le chercheur Didier Hauglustaine, qui travaille sur la qualité de l’air au CNRS et au laboratoire des sciences, du climat et de l’environnement… Alors, vraie bonne nouvelle ?

Pour les chinois franchement oui, parce qu'en ce moment, ils peuvent respirer et voir le ciel bleu.

Mais pas d’impact sur le reste de la planète car ces particules ne vivent de toute façon pas longtemps, les pollutions de l’air sont toujours très localisées. Et que les chinois profitent du ciel bleu parce que ça ne devrait pas durer, d’après cette fois le climatologue Yves Balkanski, directeur adjoint de l’Institut Pascal

On sait que ça ne va durer que l'espace de quelques semaines, qui correspondent à une baisse d'activité industrielle en Chine. Dès que l'activité reprend, ces pays seront très exigeants pour relancer la machine, on va donc revenir à des niveaux industriels très fort.

Et il s’appuie sur des précédents, où on a vu exactement le même phénomène : en 2008 au JO de Pékin, les activités industrielles avaient été déplacées. Pendant la crise des subprimes aussi, ou encore au moment de l’éruption du volcan islandais.

Ce sera une toute petite période où on aura moins de pollution, mais elle est intéressante d'un point de vue scientifique à étudier, pour comprendre certains mécanismes

Voilà donc à ceux qui se disaient que le coronavirus avait au moins l’avantage d’aider dans la crise du climat… La réponse est non. Aucune conséquence non plus à long terme sur le réchauffement climatique. Je rappelle que cette pollution de l’air est générée par les industries ou le trafic routier en particulier, qui sont aussi à l’origine des émissions de gaz à effet de serre… Là, c’est Gaëlle Dufour, directrice de recherche en physico-chimie de l’atmosphère, qui répond :

Sur le réchauffement climatique, c'est sûr qu'il n'y aura pas un effet notable de cette réduction de quelques semaines des émissions. Il faudrait que ces diminutions soient 30% plus importantes pour les 50 prochaines années, et même plus. Quelques semaines ne peuvent pas régler le problème.

Et ce n’est pas tout :

Ce qu'il faut savoir c'est que la Chine représente à peu près 10% du forçage radiatif global, donc même si on éteint toutes les émissions en Chine, il faut que ça baisse partout dans le monde.

Ne comptons pas trop, donc, sur le coronavirus pour faire le boulot… C’est bien de mesures structurelles dont il y a besoin, plutôt que de blabla, petit clin d’œil à Greenpeace dont la pub a été censurée dans le métro parisien, pour dénoncer justement le manque d’action des responsables politiques. 

En Chine, depuis 2015, des mesures législatives ont réduit la pollution de l’air jusqu’à 40% par endroits. Mesures prises face à l’urgence non pas d’un virus mais de ce fléau. Des scientifiques allemands alertaient hier sur la « pandémie de pollution de l’air », je cite l’étude parue dans la revue de la Société européenne de cardiologie, qui réduit l'espérance de vie dans le monde de près de trois ans en moyenne, et provoque 8,8 millions de décès prématurés par an.

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