La flèche de la cathédrale Notre-Dame doit être reconstruite à l'identique de celle de Viollet-le-Duc. Une œuvre monumentale de 96 mètres de haut nécessitant 500 tonnes de bois. 1000 chênes centenaires - les plus gros - doivent être abattus pour cela, et ça soulève beaucoup de questions.

L'œuvre de Viollet le Duc, datant de 1859, et détruite par l'incendie il y a deux ans doit être refaite à l'identique. Œuvre monumentale : 96 mètres de haut, composée de 500 tonnes de bois, d'énormes poutres de 16 mètres de long, 40 cm de diamètre, des chênes donc. Il en faut un bon millier au total, sélectionnés ces dernières semaines dans les forêts publiques ou privées. Il s'agit de dons. C'est l'expert forestier Philippe Gourmain qui coordonne tout ça bénévolement pour l'interprofession France Bois Forêt. Il était dans une forêt de la Sarthe quand je l'ai eu pour marquer des chênes a scier dans les jours qui viennent,. 

"Avant le 15 mars, parce que après, il y a la montée de la sève. Et si vous abattez un arbre qui en sève, vous avez un taux d'humidité dans l'arbre qui est plus important que quand vous l'abattez en plein hiver." 

Donc, le temps presse, avant le 15 mars. Il faut de gros chênes, vu la taille de la structure. Et les chênes mastoc sont les plus âgés. Des chênes de 100 et même jusqu'à 230 ans vont donc être abattus. L'information fait pas mal de mécontents. Il existe même une pétition contre, 41.000 signatures aujourd'hui. Thomas Brail, au Groupement national de surveillance des arbres, raconte l'émotion que ça suscite chez certains. 

"Quand on parle d'"arbre qui sont vieux, qui ont 200, 300 ans, il y a cette notion patrimonial. Il y a cette notion de vieillesse, cette notion historique. Les gens en ont ras le bol." 

Sandra Plantier, enseignante, elle a signé une tribune il y a quelques jours, dans laquelle elle s'interroge. 

Faut il aller abattre des chênes dans la forêt dans laquelle il sont pour reconstruire à l'identique une charpente que personne ne verra.

"C'était plus une réflexion sur ce qu'on aurait pu inventer pour restaurer l'édifice, sans pour autant être dans une autre forme de destruction." 

Et ces questions, Philippe Gourmain, les entend et reconnaît lui même que couper un arbre si vieux, c'est pas rien. 

"On peut avoir un pincement au coeur. Quand on coupe des monuments pareils, on s'arrête, on réfléchit deux minutes à ce qu'on est en train de faire."

L'arbre a été élevé, il a été cultivé. On peut utiliser le terme de forêt cultivée. Il a été cultivé pour ça. Ça a été programmée par nos prédécesseurs pour un jour, produire du bois d'œuvre. 

Ils sont voués à l'abattage. Et il m'a donné les chiffres en France. J'avoue, je n'en suis pas revenu. 

La forêt française a le plus gros réservoir de chêne au monde. On coupe chaque année environ, en volume plus de deux millions de mètres cubes de chênes en France. Ça fait au minimum un million de chênes. 

"On a un stock de plus d'un milliard de chênes. Et si on parle de chênes uniquement de plus de 50 centimètres de diamètre. C'est à dire ceux qu'on va utiliser. En nombre d'individus, on en a plus de 90 millions."

Donc, le nombre de mille chênes prend une toute autre dimension pour Notre Dame. Et Philippe Gourmain enfonce même le clou. 

"Ces bois sont pris dans des parcelles où on fait des coupes régulièrement et on les vend. Donc, si on ne les donne pas pour Notre Dame On les vendra de toute façon." 

C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le sujet n'est pour une fois pas aussi clivant qu'on pourrait le penser. Georges Feterman, le président de l'association A.R.B.R.E.S, qui défend les arbres remarquables, en témoigne. Il y a beaucoup de débats parmi les adhérents. 

"Effectivement, les avis sont partagés. Moi, spontanément cela me choque qu'on puisse utiliser des gros chênes. Et puis, en écoutant les uns et les autres qui nous disent : 'Mais vous savez, du bois, on en a toujours utilisé'. On a besoin de bois, on aura besoin de bois, dans les forêts françaises que ce soit pour Notre-Dame ou, par exemple, les tonneaux de vin, le bois construction des bois. Ce n'est pas si simple de dire 'C'est des gros méchants qui veulent couper les arbres'." 

Tout ce que cette histoire de reconstruction de la flèche de Notre-Dame soulève, c'est l'exploitation qu'on fait de nos forêts et de ceux qui la composent. 

"On reste dans cette vision d'une gestion de ressources. On ne considère pas les arbres comme des éléments du vivant et donc accepter que la forêt de la charpente de Notre Dame reste là où elle devrait être, dans la forêt." 

Mais là dessus, l'expert forestier Philippe Gourmain s'interroge à son tour : "J'ai un peu de mal à comprendre. Il y a une forme d'incohérence. Quand on fait des enquêtes d'opinion et qu'on demandent au gens :

"Est-ce que vous avez envie de vivre dans des maisons en bois ?", la majorité des Français répondent 'oui'.  et quand on leur dit "Est-ce que vous acceptez qu'on coupe les arbres pour accéder à ce désir". La réponse est 'non'.

Voilà nos contradictions. Sans parler de ce par quoi on remplacerait le bois. Tout ça est vraiment complexe pour l'association A.R.B.R.E.S. Voici donc aujourd'hui ce qui pourrait la satisfaire. 

"Nous ne sommes pas opposés à ce qu'on utilise du bois et donc des chênes, par exemple, dès lors que l'exploitation respecte l'équilibre écologique de la forêt. Ça c'est très important parce qu'on a encore trop souvent des coupes rases qui dévastent tout. Quand y a un système prévu pour exploiter le bois, si c'est fait de manière raisonnable, au niveau de l'association A.R.B.R.E.S, on ne crie pas au scandale." 

Ce dossier, ce n'est donc non pas l'arbre, mais la flèche qui cache la forêt

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