Alors que prendre l'avion est de plus en plus montré du doigt, les professionnels du secteur promettent des "voyages responsables" et neutres en carbone... L'enjeu est à la fois pour leur image et leur rentabilité

Les compagnies aériennes reines de la compensation carbone
Les compagnies aériennes reines de la compensation carbone © Getty / Thomas Jackson

Air France en particulier communique énormément depuis plusieurs mois sur le « voyage responsable »

"Voyage responsable" c’est formulé comme cela dans les pleines pages qu’Air France s’est offerte dans le Monde il y a quelques jours avec le hashtag #AirFrancetakescare.

La compagnie veut qu’en 2030, ses émissions de CO2 aient baissé de moitié, avec, dit-elle, une flotte renouvelée – des avions plus légers, moins chargés en carburant, des nouveaux moteurs – avec aussi ce qu’elle appelle de l’éco-pilotage, ou encore l’utilisation de biocarburants, huiles de fritures usagées ou autres graisses mais pas d’huile de palme, elle l’assure. 

La compensation vient donc compléter tout cela. Depuis le 1er janvier, Air France vous explique que vous pouvez faire votre Paris-Toulouse - ou n’importe lequel des 450 vols domestiques quotidiens, puisqu'il est neutre en carbone ! 

C'est ce que dit Nathalie Simmenauer, directrice développement durable d’Air France :

« Vous contribuez positivement à la planète. Nous calculons les émissions de CO2 qui sont liés à la votre vol et nous contribuons à financer des projets qui permettent d'absorber la même quantité de CO2 partout sur la planète, par de la protections de forêts amazoniennes, au Brésil et par le développement d'énergies renouvelables. »

Incroyable tout ce à quoi on contribue en buvant notre petit jus de tomate dans un gobelet en carton, désormais. C’est beau. 

Mais pour les passants :

"C'est une vaste escroquerie"

Air France,  s’achète-t-elle une bonne conscience pendant qu’elle continue de polluer ?

"La compensation carbone n'est pas du greenwashing c'est une contribution effective à la neutralité carbone globale."

Nathalie Simmenauer dit « effective » car les projets ont déjà un impact. Des bénéfices réels constatés par des audits sur le terrain. 

Les promesses vertes des compagnies aériennes et pleines de nuages tout doux, sont surveillées de près.

En effet, Ryanair, la compagnie irlandaise à bas coût qui transporte le plus de passagers en Europe, s’est fait taper sur les doigts outre-Manche : hier, l’ASA, autorité britannique de régulation de la publicité lui a interdit une campagne de pubs, radio télé et presse écrite, dans laquelle Ryanair se présentait comme celle ayant les plus faibles émissions de Co2 en Europe parmi les grandes compagnies aériennes. Justine Grimley est l’une des portes-paroles de l’ASA :

« On a estimé que ça pouvait tromper les clients… C’est très culotté ce message… On comprend que Ryanair veuille mettre en avant ses efforts pour l’environnement, mais c’est important, vis à vis des clients, qu’ils soient clairs au sujet des données sur lesquelles ils basent leur publicité… qu’ils aient des preuves solides. Les règles du jeu doivent être les mêmes pour toutes les compagnies »

Ryanair ne s’est pas démonté et assure dans un communiqué être le transporteur le plus vert d’Europe.

Mais c’est un sacré coup pour son image, et un avertissement aux autres, britanniques ou pas : l’avion propre, si vous voulez, mais il va falloir le démontrer, autrement que dans les discours ou les publicités. 

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