Le quotidien britannique a décidé il y a quelques jours de bannir la publicité des entreprises liées aux énergies fossiles, pour être cohérent avec ses valeurs, et en s'appuyant sur la demande et le soutien des lecteurs.

The Guardian interdit la publicité des pollueurs
The Guardian interdit la publicité des pollueurs © Getty / Newscast

The Guardian est l’un des principaux quotidiens britanniques

En dehors de sa version papier, il est l’un des journaux les plus lus au monde sur internet, avec 150 millions de visites chaque mois, des clics british mais aussi américains, indiens, australiens, allemands ou français, bref le Guardian c’est pas rien. 

Il vient de dire stop aux pubs des plus gros pollueurs, à savoir les entreprises liées aux énergies fossiles, le pétrole et le gaz.

Histoire de leur faire un pied de nez vu la pression qu’elles mettent aux gouvernements du monde entier pour repousser les obligations en matière de réduction de Co2. Histoire aussi, d’être cohérent avec les valeurs que défend le Guardian, c’est sa directrice, Anna Bateson, qui l'explique :

Nous avons eu des messages de la part des lecteurs, de militants, d’associations, nous disant que ces pubs étaient incohérentes avec le ton, la nature de nos sujets. On a vu aussi les messages et le soutien de nos lecteurs pendant les incendies en Australie, donc tout ça nous a vraiment poussé à nous dire que ce n’était plus tenable, on ne pouvait plus accepter ce genre de publicités"

Le Guardian est en pointe sur la question climatique

Sa ligne éditoriale est ultra impliquée, jusque dans le vocabulaire utilisé : des ajustements ont été faits au printemps dernier. Il n’est plus question de « biodiversité » mais de « faune sauvage », pas de « climato-sceptiques » mais des « négateurs de la science du climat », et vous ne lirez plus « changement climatique » mais les mots « urgence », ou « crise », à la place :

C’était une décision vraiment délibérée de donner une certaine puissance aux mots, pour réussir à transmettre une notion d’immédiateté et de crise qu’il manquait peut-être.

L’idée de bout en bout est d’être cohérent, transparent et honnête vis-à-vis des lecteurs, qui financent le Guardian en majorité. La publicité, pour y revenir, c’est 40% des revenus, dont 1% viennent de ces entreprises liées aux énergies fossiles.

Ça n’a pas complètement perturbé nos affaires, mais ça reste un effort important… Cependant on pense qu’avec le temps, on récupérera cet argent, grâce au soutien financier de nos lecteurs.

A la Terre au Carré nous avons reçu plein de messages d’auditeurs, prêts à contribuer – en plus de la redevance - pour que les pubs de voiture ou d’avions ne soient plus à l’antenne.
Que pense Anna Bateson de notre dilemme ?

Ce ne sont pas des décisions faciles à prendre, mais ça ne veut pas dire qu’il faut les éviter, surtout si on est en mesure de les prendre. Je pense que c’est important, c’est un message, donc si on peut le faire, on le fait. Mais l’essentiel est quand même de pouvoir continuer à faire du journalisme, et c’est aussi valable pour vous. Donc si c’est au prix de compromis commerciaux, alors c’est nécessaire, le journalisme reste la chose la plus importante.

En Angleterre aussi ils ont l’art du « en même temps » ! En tout cas eux l’ont fait, l’annonce a été suivie d’effet immédiat et une seule des entreprises bannies a tenté de les faire changer d’avis, en vain, elle a dû manger son chapeau. Pendant que d’autres félicitaient le Guardian, à commencer par Greta Thunberg.

Oui, oui ! Elle a fait un tweet sur nous, et il y a eu énormément de j’aime et de retweets. Leonardo Di Caprio aussi a tweeté, personnellement j’en suis super fière !" se réjouit Anna Bateson

Rien que pour cela – et pour la planète bien sûr, je refais un appel à la direction de Radio France. Suivons l’exemple du Guardian, ça aurait de la gueule, et Greta et Leo seraient de notre côté !

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