1 milliard de reptiles, mammifères et oiseaux ont péri en raison des incendies et de la sécheresse en Australie. Des chercheurs français avancent désormais le chiffre d'1 million de milliards d'animaux morts, en incluant les insectes en particulier. Quel avenir pour la biodiversité ?

Australie, quelles conséquences pour la biodiversité ?
Australie, quelles conséquences pour la biodiversité ? © Getty / TED MEAD

Sur le chiffre d'1 milliard d'animaux possiblement morts dans les incendies - presque 80% sont des reptiles, les autres des oiseaux, ou des mammifères comme les kangourous, les koalas, les wombats, ou des rongeurs - ce milliard n’inclut pas les grenouilles, poissons ou les insectes par exemple. 

Des chercheurs français estiment qu’en comptabilisant toute la chaîne de la biodiversité, ce sont au moins 1 million de milliards d’animaux qui ont péri : 1 000 000 000 000 000.

Et le bilan n’est pas définitif puisque les incendies et la sécheresse sont toujours en cours, donc le chiffre ne cesse d’augmenter au fur et à mesure que les hectares touchés s’étendent. Alors, quelles conséquences à moyen et long terme pour la biodiversité ? 

Le professeur en écologie Christopher Dickman, de l’université de Sydney est à l'origine de ces estimations et malgré le cauchemar que représentent ses chiffres, n’est pas totalement pessimiste :

« D’une façon générale, le bush va s’en remettre… Les arbres, les arbustes vont repousser, et dans certaines zones, beaucoup d’animaux réapparaîtront. Les eucalyptus vont repousser très vite, mais pour certaines fleurs, ça prendra des dizaines d’années. »

Le reste  de son discours est plutôt déprimant. Plusieurs espèces de la faune sauvage pourraient disparaître, à commencer par certaines chauve-souris, qui représentent ¼ des mammifères endémiques d’Australie :

«Il y en a qui sont particulièrement touchées par les incendies, ce sont les petites chauves-souris de forêt. Très dépendantes des arbres, et qui ne savent pas bien voler. Donc elles ne peuvent pas s’échapper des flammes. Beaucoup d’entre elles vont mourir. Mais on ne sait pas combien car on n’a pas de données de densité en ce qui les concerne.»

Idem pour les renards volants, pour qui la situation est catastrophique, et ce n’est pas tout :

«Il y a une espèce qui s’appelle le potoroo à longue patte… une variété de kangourou rat, un rongeur, qui ne vit qu’à l’est du Gippsland, dans l’Etat du Victoria… Tout leur habitat a brûlé donc il est possible que… oui… que cette espèce disparaisse.»

Il reste aussi des points d’interrogation, car certaines zones ont été touchées, mais aucun homme n’y a jamais mis les pieds, donc on ne connaît pas encore l’ampleur des pertes, cette fois c’est le porte-parole de l’association de défense des animaux sauvages Wires, John Grant, qui explique :

« Il existe des poches, dans le bush, où on ne trouve que certaines espèces… et on ne saura pas avant un moment si ces colonies-là ont été détruites, si l’espèce est éteinte. Mais j’ai peur que ce soit le cas. Je sais par exemple que sur la côte nord de Sydney, nous avons une espèce particulière d’émeus, très rare. Les incendies ont touché cette zone. On n’a pas encore eu de retour pour savoir si ces émeus ont été repérés, s’il en reste suffisamment pour que l’espèce soit préservée. »

Ce ne sont que quelques exemples. Un autre information a récemment montré qu'en période de sécheresse, les dromadaires sauvages s’approchent des villes pour trouver de l’eau et sont vus comme des menaces pour les réserves - et la population.
10.000 d’entre eux devaient être abattus en cinq jours cette semaine, dans le centre du pays, des snipers qui leur tirent dessus par hélicoptère. Les autorités expliquent que ces abattages massifs d’animaux considérés nuisibles sont courants en Australie. 

Le gouvernement australien est par ailleurs très critiqué

Les images du Premier Ministre Scott Morrison à qui des habitants refusent de serrer la main ont fait le tour du web, comme les insultes, à la télé australienne :

"Go and get fucked" dit un pompier excédé de la ville de Nelligen.
Scott Morrison est rentré fissa d’Hawaï où il passait Noël, et c'est un premier ministre climatosceptique.
Il y a deux ans au Parlement il brandissait un bout de charbon, en expliquant que cette énergie fossile a permis aux entreprises australiennes de rester compétitives.

Au sujet des incendies, il n’a pas voulu les imputer uniquement au réchauffement climatique :

"C’est l’un des nombreux facteurs. Il n’y a pas de doute sur le lien entre le changement climatique et les catastrophes naturelles partout dans le monde. Mais je suis sûr que les gens reconnaîtront que faire directement le lien avec ces incendies-là, ce n’est pas crédible." Scott Morrison, premier Ministre australien

Pendant ce temps en tout cas ça continue de brûler, et dans une tribune au Monde aujourd’hui, le philosophe australien Clive Hamilton  écrivait : 

« nous devrons faire le deuil de quelque chose de plus difficile à définir : la mort de l’avenir. » 

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