"Des avions vides volent dans le ciel" : affirmation de plusieurs médias au sujet de la baisse du nombre de passagers dans l'aérien, à cause du coronavirus. Une absurdité que beaucoup dénoncent, y compris pour son impact environnemental. Mais qu'en est-il vraiment de cette "légende des avions fantômes" ?

La légende des avions fantomes
La légende des avions fantomes © Getty / SOPA Images

Une légende liée à la fois à la planète et au coronavirus fait le tour des réseaux sociaux !

Il était une fois un virus apparu en Chine et se propageant partout dans le monde… méchant virus, et inconnu ! Il est encore plus redouté, et ralentit toutes les activités. Parmi elles, le voyage : déplacements limités, pour que la contamination soit évitée. Le trafic aérien est en baisse, et la légende dit que les compagnies feraient voler des « avions fantômes ». Des avions vides de passagers dans le ciel, pour ne pas perdre ce que l'on appelle les « créneaux de vol ». 

La réglementation prévoit qu’au-delà de 20% d’annulations sur un créneau – c’est-à-dire la ligne et l’horaire – par exemple le Paris-Milan Air France de 17h05 le mardi, ce créneau revient sur le marché, et peut donc être pris par une compagnie concurrente. C’est tout simplement la grande théorie du « qui va à la chasse perd sa place », en anglais la règle s’appelle « use it or lose it » -tu l’utilises ou tu le perds-. Les compagnies feraient donc voler des avions fantômes pour garder leurs créneaux bien au chaud. 

Même le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, a semblé le reconnaître hier : 

"S'agissant du transport aérien, je suis intervenu auprès du commissaire européen Paolo Gentiloni, pour lui demander que les compagnies aériennes puissent conserver leur créneau aérien, sans avoir à faire tourner leurs avions à vide dans le ciel."

En disant cela, il confirme et valide que des avions tournent effectivement à vide.

Il est vrai que les passagers disparaissent : IATA, l’Association internationale du transport aérien, avance 24% de baisse rien qu’en Europe de l’ouest, à cause du coronavirus. Et on voit sur internet des photos d’avions effectivement très peu remplis : celle d’un journaliste de France 2 au départ de Rome a fait le buzz, 14 passagers à bord… Un collègue ici à France Inter a compté, lui, 25 passagers sur un autre vol. En témoigne aussi Olivier Rigazio, du syndicat national des pilotes de lignes :

"Je rentre d'Atlanta en Boeing 777 et c'est vrai que malheureusement il n'y a plus trop de passager dans les avions. Mon avion peut accueillir 400 personnes et il y en avait un peu plus de 200. Il y a des vols qui se font avec très peu de passagers, mais ce ne sont pas des vols faits pour maintenir des créneaux, ce sont des vols réservés avec l'avion plein et c'est ce que l'on appelle des no-show, les passagers ne se sont pas présentés à l'embarquement.

Scandale sur la toile, des avions qui volent à vide et polluent… pour rien ! Ça ne passe pas, tout ça pour faire encore du profit, diront les plus manichéens d’entre nous. Sauf que ce ne serait pas si simple, écoutez les explications de Mathieu Guillot à la communication d’Air France :

"Ce n'est pas parce qu'un vol est vide dans un sens qu'il est vide dans l'autre, mais il peu arriver qu'il y ait des vols moins remplis que d'autres. L'objectif est de faire voler des avions là où il y a de la demande."

Air France assure ne faire voler aucun avion fantôme et vous l’avez entendu, adapter ses programmes à la demande : 25% de vols en moins en Europe par exemple. 

C’est aussi le cas pour d’autres compagnies, notamment Bristish Airways, ou Easyjet. Car de toute façon, faire voler un avion vide c’est aussi un gouffre financier. D’ailleurs la britannique FlyBe a mis la clé sous la porte jeudi.

"On ne fait pas voler des avions si ce n'est pas économiquement viable, c'est pour cela qu'on ajuste notre programme de vol." explique Mathieu Guillot

Confirmation du pilote Olivier Rigazio :

"C'est dans l'intérêt de personne de faire voler des avions à vide, ça n'intéresse personne de casser la Terre, on est un peu dans un fantasme de l'avion fantôme." 

La réalité est très complexe. Oui, des appareils font bien certains trajets parfois très peu remplis, mais on ne peut pas en faire une généralité. D’autant que les passagers – aussi rares soient-ils – et les équipages, ne sont pas fantômes, eux. Ne pas faire une généralité, ni être trop manichéen je le disais car au-delà de l’image absurde, calculer l’impact environnemental de ces vols est difficile, d’autant que le trafic baisse en parallèle. En tout cas, la demande de Bruno Le Maire, et d’autres responsables en Europe n’est pas anodine : assouplir la réglementation permettrait d’éviter de gaspiller du carburant et de l’argent. 

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