Trois unités d'incinération ont été mises à l'arrêt depuis le 23 janvier en raison d'une grève en région parisienne. Conséquence: 5000 tonnes de déchets enfouis chaque jour pendant près de deux semaines. Certains parlent d'un scandale environnemental. Nous sommes allés voir sur place comment ça marche, l'enfouissement.

Accumulation de déchets dans le XVIIe arrondissement de Paris
Accumulation de déchets dans le XVIIe arrondissement de Paris © AFP / Florent Vannier / Hans Lucas

Les trois incinérateurs se remettent à fonctionner progressivement car la préfecture a ordonné des réquisitions, mais pendant près de deux semaines, les ordures ont dû être traitées par enfouissement.

Martial Lorenzo, directeur général des services de Syctom, gère les déchets de Paris et de plus de 80 communes alentour donne quelques explications : 

"Le Syctom enfouit chaque année 5 ou 6% de son volume d'ordures ménagères (...) là nous venons d'enfouir 90%, soit la moitié de ce que l'on enfouit en une année d'habitude."

Environ 70 000 tonnes d’ordures sont enfouies au total d’après le Syctom, qui, normalement « valorise » c’est-à-dire transforme une grande partie de ces déchets en énergie – contre 500 000 euros par jour. Autant dire que la grève ne fait pas ses affaires, en plus de provoquer - toujours selon le Syctom - un scandale environnemental :

"Ça nécessite que 200 camions, tous les jours, fassent 50 km pour aller décharger dans les centres d'enfouissement et plutôt que de produire de l'énergie qui vient remplacer des énergies fossiles, on va enfouir des ordures ménagères qui vont rester là pour dix, vingt ou trente ans."

Comment fonctionne l'enfouissement de déchets  : est-ce aussi repoussant qu’on l’imagine ? 

Nous voici donc en haut d’une butte sur l’immense site de 300 hectares, en face de l’un des quinze « casiers de stockage », que les non-avertis appelleront vulgairement un énorme trou, l’équivalent de huit terrains de foot :

"Des machines vont compacter les déchets et les étaler pour faire des niveaux et progressivement on va monter par couches successives dans le casier pour atteindre l'altitude prévue dans les arrêtés préfectoraux, autour de 30m." 

Nous sommes sur un ancien casier, qui ressemble aujourd’hui à une petite colline et en-dessous, 25m de déchets. Notre guide précise, en garantissant qu'il n'y a pas de pollution :

"Il y a 3m de terre, au dessus des déchets, sur laquelle il est possible de planter et une couche d'étanchéité, il n'y a donc aucun contact avec le déchet"

Il ajoute :

"Il y a un amalgame qui est fait avec les décharges qu'on a pu connaître il y a une trentaine d'années, mais aujourd’hui c'est quelque chose de beaucoup plus technologique."

Avec récupération et traitement des eaux, du méthane aussi pour faire du bio gaz. 

Quel genre de déchets ?

Pas de déchets radioactifs ici, mais des déchets dits « ultimes », venus majoritairement des industries mais aussi, donc, en cas de situation exceptionnelle, de nos poubelles à nous. Qui vont donc rester enfouis toute la vie, plus de trente ans.

Les archéologues se régaleront peut-être dans 100 ans si l’humanité est toujours là. En attendant ce sont les mouettes, mais pas que, puisqu'il y a aussi des renards, des biches, des sangliers.

Sachez que depuis 2015, la loi veut réduire l’enfouissement et le projet de loi antigaspillage qui vient juste d’être adopté prévoit de le limiter à 10% des déchets ménagers d’ici 2035. 

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