Un collectif de lycéens et d'étudiants lançait mi-février dans une tribune : "chers professeurs, pourquoi ne faites-vous pas massivement grève pour le climat ?" Un appel face au décalage entre la mobilisation pour les retraites et celle pour la défense de la planète.

Climat : péril jeune
Climat : péril jeune © Getty / John van Hasselt - Corbis

"Chers professeurs, pourquoi ne faites-vous pas massivement grève pour le climat ?" : question posée en titre d’une tribune publiée il y a tout juste un mois dans Le Monde, par un collectif de lycéens et étudiants, qui interrogent le décalage entre la mobilisation contre la réforme des retraites, et celle, donc, pour défendre la planète, je cite encore : "Vous nous avez montré votre détermination et l’organisation que vous savez mettre en œuvre pour peser dans les choix politiques. […] Il est très difficile de comprendre une telle différence de traitement entre une mobilisation contre la réforme des retraites – que nous soutenons – où vous rassemblez vos efforts, et une crise climatique qui reste toujours à l’arrière-plan de vos mouvements, alors qu’elle compromet l’existence même d’un tel système".

Les profs, en tant que groupe social, ont un pouvoir important qu'ils utilisent pour certains problèmes et pas pour d'autres. S'ils peuvent se mobiliser autant pour une cause, pourquoi pas pour le climat. - Malwenn, en terminale, et signataire de la tribune 

"Nous avons désespérément besoin que vous vous engagiez massivement comme si nos vies étaient en jeu, parce qu’elles le sont", autre phrase de la tribune, dont Matteo Crespin-Jouan est à l’origine. Étudiant en prépa à Lyon, il en a eu un peu assez d’en entendre certains faire la leçon – pour dissuader d’aller manifester le vendredi et rester en cours. 

Et les voir, eux, faire le contraire quelques mois plus tard. Mais malgré les apparences, il n’a voulu cibler personne en particulier :

Non, ce n'est pas du tout tous les profs dans le même panier, on ne s'adresse pas aux profs en tant que personne, mais plutôt aux syndicats, pourquoi est-ce que ce n'est pas quelque chose qui vient au centre des mots d'ordre ? C'est plus un appel à l'aide qu'un reproche.

D’ailleurs, Naomi, elle, a un peu hésité à signer avant de le faire, elle n’était pas sûre de la réaction, du résultat en interpellant directement les profs

Je n'ai pas envie que les gens se braquent et que ça ferme le débat et que ça ferme la possibilité de faire quelque chose. C'est plus dans ce sens-là que j'avais peur d'une confrontation.

Le piège d’une guerre des générations, que ces élèves veulent justement éviter, en rappelant que tout le monde doit faire sa part : 

Beaucoup de gens ne se rendent pas compte de l'urgence, et quand on y sera, ils ne seront déjà plus vivants, sauf que les gens ne se rendent pas compte qu'on ne sera même pas tellement adulte. - Solenn 

"Le rythme actuel des émissions de gaz à effet de serre condamne notre génération à vivre un enfer climatique" écrivent ces jeunes qui ne veulent pas être 'condamnés à rester spectateurs' alors que beaucoup d’entre eux ont "pleinement conscience de la monstruosité des changements en cours". 

Les professeurs leur ont-ils répondu ?

Deux semaines plus tard, une tribune du Monde aussi, plus de 70 noms dans les premiers signataires, dans laquelle ils assurent que "lutter contre la retraite à points, […] c’est lutter pour le climat". "Nos points de départs sont différents", expliquent-ils, "vous partez de la destruction du climat, […] alors que nous partons du politique, et allons vers l’écologie". "La lutte contre l’ultralibéralisme conduit à la défense de la biosphère", écrit ce collectif de professeurs… Une réponse qui enthousiasme moyennement Matteo et ses camarades :

Elle ne répondait pas véritablement à la tribune en fait puisque l'objet de notre tribune était de demander aux profs de mobiliser avec nous.

Leur message en tout cas publié dans un journal comme Le Monde a permis aux élèves d’être pris peut-être un peu plus au sérieux.

Mais est-ce que ça suffira à faire avancer vraiment la mobilisation ? À voir, d’autant que le coronavirus vient perturber les manifestations. Greta Thunberg s’adapte : elle appelle à une grève pour le climat en ligne : que les défenseurs de la planète postent des photos avec le hashtag #ClimateStrikeOnline

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