La viande de cheval est un met très apprécié des Japonais, qui le dégustent sous forme de sushis à des prix exorbitants : 200 à 300 euros le kilo. Le Canada et la France sont les principaux fournisseurs du Japon. Ils y envoient chaque année par avion environ 7.000 chevaux vivants

Cheval de trait
Cheval de trait © Getty

Des milliers de chevaux envoyés chaque année par avion, direction l'Empire du Soleil levant, où leur viande est ultra appréciée et prisée. Adeline Colona, de l'ONG Welfarm :

"C'est un met qui est très recherché. ça se mange cru, en sushi, en sashimi. Ça se mange surtout au restaurant. C'est un peu comme le foie gras français. C'est vraiment un met de luxe." 

Des sushis de cheval à 200 ou 300 euros le kilo.

Les animaux sont donc envoyés vivants pour que la viande soit la plus fraîche possible et engraissés au Japon, avant d'être abattus. Le principal pays fournisseur, c'est le Canada à 71%. Il en envoie environ 6 000 par an dans des conditions inhumaines, d'après certaines associations appuyées par des témoignages comme celui de cette vétérinaire qui travaillait précisément sur ces trajets et raconte à la chaîne Global News : 

C'était horrifiant. Ils les entassait comme dans une boîte de sardines. 

Et Adeline Colona de l'Association de protection des animaux Welfarm continue la description :

"Ils sont transportés par trois ou quatre dans des caisses en bois qui sont recouvertes d'un filet. N'importe qui de censé mettrait un seul cheval là-dedans. Ils en mettent trois. En plus ce sont des chevaux de trait. Donc ils ne peuvent pas se retourner, il ne peuvent pas se coucher pendant les 22 heures que dure le vol." 

Des conditions de transport ultra stressantes, disent les ONG, et fatigantes parce que les chevaux n'ont pas la place de se coucher, sans parler de leur traitement à l'arrivée au Japon.
Là, c'est la Belge Stéphanie Ghislain, chef de projet commerce international à la Fédération européenne des associations de protection animale, qui détaille :

"On les envoie de l'autre côté du monde pour qu'ils passent encore six mois dans une ferme d'engraissement. C'est à dire pas vraiment les beaux pâturages. La situation dans ces fermes d'engraissement a été dénoncé par nos collègues japonais qui travaillent sur ces questions-là." 

Le Japon a les standards du bien-être animal les plus bas de l'OCDE.

Pourquoi l'Europe s'en mêle-t-elle ? 

Parce que, derrière le Canada, le deuxième pays exportateur de chevaux vivants c'est nous, la France. 959 chevaux envoyés en 2019. La moyenne annuelle, c'est 800. Depuis que le Japon nous a sollicité en 2016 : 

"Nos neuf races de chevaux de trait français correspondaient bien à leur attente. C'est à dire qu'ils ont besoin d'un fort potentiel d'engraissement. Parce que les Japonais mangent une viande de cheval très fortement engraissée. On a une bonne traçabilité et les élevages français ont une bonne réputation dans le monde."

95 % des chevaux de trait français sont destinés à la boucherie, sinon, c'est pour le labour ou le transport en carriole, par exemple. 

Sans la boucherie, il n'y aurait plus de chevaux de trait en France depuis très longtemps. 

Celui qui parle, Camille Crosnier l'a enregistré à son insu, parce qu'elle n'a pas réussi à joindre la Société française des équidés de travail. Il sait de quoi il parle puisqu'il est éleveur de chevaux de trait dont la filière allait mal jusqu'à il y a peu. Parce que la consommation de viande chevaline s'est réduite de 75 % en France. C'est aujourd'hui 0,1 % du total et que l'Italie, vers laquelle on exportait principalement, s'est tournée vers les chevaux polonais ou néerlandais, moins chers. Du coup, le Japon est arrivé à point nommé :

L'arrivée du Japon sur le marché européen, ça a doublé le prix du cheval de trait.

A propos des conditions de transport des chevaux, cet éleveur dit que c'est n'importe quoi, et il argumente :

"On ne fait pas du poulet à 2 €. On fait un produit très haut de gamme qui se traite comme tel. Ils sont exactement dans les mêmes conditions que les chevaux qui seront aux Jeux Olympiques à Tokyo. C'est des chevaux qui valent des fortunes. On imagine bien que faire voyager des chevaux vivants pour aller au Japon, c'est très cher. C'est du très haut de gamme. Donc quand on dit qu'on stresse les chevaux, qu'on les bat et qu'ils sont blessés, c'est pas valable pour un cheval qui vaut beaucoup d'argent"

Entre 70.000 et 100 000 euros le cheval et sur le fait qu'ils ne puissent pas se coucher pendant le trajet. Voici sa réponse : 

"Pour un équidé, rester debout, c'est pas un sujet. ça ne se couche pas tout les jours un cheval. Ça dort debout un cheval. Le problème, c'est l'anthropomorphisme." 

Les associations demandent à pouvoir vérifier dans les huit avions qui partent chaque année de Brest, du Sud-Ouest, le bassin de l'élevage ou d'un des aéroports agréés pour le transport en France. Stéphanie Gislain, à Bruxelles, résume ce qui les dérange :

Ce qu'on dénonce, c'est l'absurdité de ce commerce. 

"On ne pense pas que ce soit extrêmement positif de créer toute une filière sur de la souffrance. Même si ça créé certains bénéfices. Alors, il faut réfléchir à comment permettre aux producteurs de s'en sortir, d'avoir une vie décente avec ce qu'ils font et peut-être pas en utilisant ce type de commerce." 

La consommation en France a baissé, donc, pas de marché suffisamment rentable pour les éleveurs. D'autant que les 9% de Français qui mangent de la viande de cheval aiment la viande mature, c'est à dire la viande rouge qu'on trouve plutôt du côté des chevaux qu'on appelle réformés, ceux tombés dans les courses, par exemple. 

Autre absurdité, 9 000 tonnes de viande de cheval sont importées chaque année, notamment d'Argentine ou d'Australie, qu'on retrouve dans les rayons de supermarchés comme Cora, Auchan, Leclerc, Carrefour, Intermarché ou Grand Frais et Welfarm, Le Parisien et Hugo Clément sortent une enquête vidéo sur les conditions dans lesquelles sont élevés et abattus ces chevaux. Attention, ce n'est pas très beau à voir. 

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