Roger Federer s'est retrouvé au centre d'une polémique à cause d'un de ses sponsors, la banque Crédit Suisse, qui investirait dans les énergies fossiles. Le champion de tennis a dû réagir, et réaffirmer son engagement pour la défense du climat.

Roger Federer en conférence de presse, novembre 2019
Roger Federer en conférence de presse, novembre 2019 © AFP / OSVALDO AGUILAR / MEXSPORT

Le suisse, numéro 3 du tennis mondial et détenteur du record de victoires en grand chelem (20), est arrivé à Melbourne où il a commencé à s'entraîner, car l’Open d’Australie doit démarrer dans une semaine tout juste, en dépit des mégafeux. 

Le calme de Roger sur le court tout bleu, tranche avec ce qu’il vient de se prendre en pleine tête, et il n’est pas question d’une balle jaune, mais de ce qu’on appelle un énorme « bad buzz ». Roger Federer est sponsorisé, entre autres, par le Crédit Suisse, une banque où il possède un compte, c’est en tout cas ce qu’il disait en 2011 : 

"J’ai un compte épargne que mes parents ont ouvert à ma naissance en 81. Je pense que c’est très important d’avoir une bonne banque avec soi, qui donne les bons conseils, avec des experts partout. Ça me permet d’être plus détendu quand je pars en tournoi, je sais que quelqu’un s’occupe des finances. C’est pour cela que je suis très fier d’être un client du Crédit Suisse." - extrait de la publicité du Crédit Suisse

Le Crédit Suisse investirait dans les énergies fossiles plus de 57 milliards de dollars depuis trois ans pour rechercher des gisements, d’après les ONG, qui se mobilisent contre le groupe.
Trois agences ont été occupées en novembre 2018, et le procès de 12 militants avait lieu hier. Tous ont été acquittés : le juge a considéré que leur action était justifiée vu l’urgence climatique... vu aussi peut-être la pression médiatique. C’est en effet Roger Federer lui-même qui a été visé, avec une pétition, et une vidéo sur internet.

#Rogerwakeupnow, puis #Rogerforclimate, des hashtags qu’on a vus sur Twitter, où la vidéo a été notamment relayée par Greta Thunberg ! Autant vous dire que Roger s’est réveillé d'abord par un communiqué : 

"Je prends très au sérieux les conséquences et la menace du réchauffement climatique (…) J’apprécie qu’on me rappelle ma responsabilité en tant qu’individu, athlète et entrepreneur, et je m’engage à user de ma position privilégiée pour discuter de sujets importants avec mes sponsors".

Puis, une très courte déclaration hier, au sujet de l’Australie :

« Quel que soit le jour ou l’heure, je vais aider… ce pays m’a tant donné dans le passé, c’est normal de contribuer. »

Federer va faire un don personnel, et participer à un match de gala demain, avec Serena Williams et Rafael Nadal en particulier. 

Pas le choix, pourrait-on dire, car en visant directement le joueur - plus que la banque - les défenseurs du climat ont trouvé un levier d’action extrêmement efficace, comme l'explique le spécialiste en communication Jean-Christophe Alquier :

"C'est parce que 'le sportif' est une star, une personnalité mondialement connue, visible, que l'on peut amasser le maximum de points médiatiques, et le maximum d'exposition.  Et maintenant pour les grands sportifs, il y a cette obligation de 'moraliser', en quelque sorte, l'éventail de sponsors avec lesquels il travaille."

Des sponsors « dignes aux yeux de la société » dit-il, rappelant par exemple comment Total a été exclu pour les Jeux Olympiques de Paris 2024, ou le partenariat historique entre Shell et Lego non renouvelé en 2014, après une campagne de Greenpeace.

Mais choisir entre son image, et les dizaines de millions que certains sponsors rapportent aux sportifs, n’est pas évident. D’ailleurs Federer n’a pas dit renoncer au Crédit suisse, et Serena Williams, elle, a le géant JP Morgan dans sa liste - qui fait partie du Top 4 mondial pour les investissements bancaires dans les énergies fossiles. Nadal, un constructeur automobile… 

Bref la ligne de crête est étroite, et en attendant peut-être de franchir le pas – ça aurait de la gueule - ils compensent à leur manière, avec donc, un match de gala. Donner à l’Australie pendant qu’eux s’achètent une bonne conscience. 

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.