Une mare, des grenouilles et des voisins déterminés. Cela ne se passe pas à Clochemerle, mais à Grignols, en Dordogne et c'est un peu "Ubu au pays des grenouilles".

La mare aux grenouilles
La mare aux grenouilles © Radio France

Nous sommes à Grignols, joli petit village de Dordogne avec son château du XIIe siècle et la maison d'Annie et Michel Pécheras, couple de retraités restaurateurs avec une mare dans le jardin. Et dans cette mare, il y a des grenouilles qui sont effectivement au cœur d'une histoire qui dure depuis plus de huit ans. Leurs voisins se plaignent du bruit qu'elles font. 

Ils ont porté plainte pour les grenouilles qui faisaient trop de bruit. Que c'était invivable.

Le coassement des grenouilles se fait entendre, particulièrement au printemps, quand elles s'accouplent. Mais ça dure deux mois maximum. Et surtout, ajoute Michel, ça fait partie du tableau. 

"C'est les bruits de campagne, il y a des vaches, des chevaux, des cochons, des grenouilles, des oiseaux. Il y a plein de bruits. Et ceux qui ne sont pas bien à la campagne, et bien ils déménagent, ils vont en ville.

Annie, son épouse est très en colère et fatiguée par toute cette histoire. 

"Qu'est-ce qu'il se passe sur notre planète. Nous on aime la nature. On est comme ça. On a travaillé, toute notre vie. Maintenant, on a envie d'être seuls, à la campagne. Une vie saine. On n'a pas besoin de voisins perturbés. Parce qu'ils sont perturbés ces gens-là."

Injoignable en tout cas, tout comme leur avocate. "Il a été convenu qu'ils ne s'exprimeraient pas sur les décisions rendues", fait savoir la secrétaire du cabinet. 

Une histoire qui débute il y a 8 ans 

Première plainte déposée par les voisins en 2012, qui sont d'abord déboutés, mais en 2016, rebondissement puisque la Cour d'appel de Bordeaux condamne finalement les Pécheras à combler la mare. Et le 3 décembre dernier, le juge de l'exécution leur a donné 90 jours pour le faire. 

Le 7 mars, il faut qu'elle soit bouchée. Si on n'a pas fait les travaux de remblaiement, ça nous coutera 150 € par jour.

Pénalités de retard fixées par la justice. Sauf que les grenouilles dans cette mare sont protégées (mare présente au passage sur le terrain depuis 100 ans et inscrite au cadastre. Annie Pécheras en a hérité de ses grands parents). Et là, c'est Gérard Charollois qui nous l'explique. Il est président d'honneur de la Sepanso Dordogne. La Société pour l'étude, la protection et l'aménagement de la nature. 

"Il y a des crapauds accoucheurs, des grenouilles vertes, des grenouilles agiles et des rainettes méridionales. Tout ça, ce sont des espèces protégées et la destruction d'une espèce protégée constitue un délit correctionnel. De même que la destruction de leur milieu de vie, de leur habitat, et ce depuis la loi du 10 juillet 1976 relative à la protection de la nature." 

Autrement dit, les Pécheras sont coincés. 

Là, on est un peu dans le caca. Le problème, c'est que les tribunaux nous obligent à aller contre la loi. On est obligé de commettre quelque chose d'illégal. 

Une chose d'illégal pour laquelle il risque deux ans de prison et 150 000€ d'amende. 

On ne fera rien, absolument rien, sans avoir les autorisations. Quant au professionnel qui viendra avec sa grosse pelle pour remblayer la mare, lui, il a besoin d'un papier entre les mains parce qu'il y a la police derrière. C'est logique. Ils veulent qu'on la vide, ils ne veulent plus de mare, mais après, ça va pas non plus. Qu'est-ce qu'on va devenir."

Les soutiens se multiplient. Deux pétitions ont récolté 240.000 signatures, car beaucoup trouvent l'affaire disproportionnée et révélatrice de quelque chose de bien connu. Pour Gérard Charollois le défenseur des grenouilles. 

"C'est absurde, ridicule et je comprends difficilement que la justice prête la main à ce genre de mauvaise blague. Dans cette affaire, c'est pas le bruit des grenouilles qui est en cause. C'est que quand on n'aime pas son voisin, on trouve que le coq chante trop fort, qu'il y a des cigales dans ses arbres où des merles dans ses haies. 

C'est pas les grenouilles que les gens n'aiment pas, c'est les voisins.

Le dernier recours, ce sera le 26 janvier prochain, avec la décision attendue de la Cour de cassation.

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