Bruno Le Maire disait en janvier lors de ses vœux aux acteurs économiques que la transition écologique devait désormais être la "clé de voûte" des décisions à Bercy. Mais le système économique que le ministre incarne aujourd'hui est-il compatible avec le défi environnemental ? Nous l'avons rencontré.

Le ministre de l'Economie et de l'écologie
Le ministre de l'Economie et de l'écologie © AFP / Eric Piermont

« Je n'étais pas écolo à la base, mais je le suis devenu, je pense que c'est l'urgence absolue. »    Bruno Le Maire, ministre de l'économie.

Waouh l’écologie, même à Bercy ! à bas la surconsommation, le gaspillage, la surexploitation de nos ressources – c’était dans son discours. Bruno Le Maire était il y a quelques jours à la convention citoyenne pour le climat. On peut se demander ce qui lui arrivait, parce qu’en janvier, il inaugurait les soldes dans un grand magasin, en décembre il disait « j’adore la voiture », et en novembre, il ne s’opposait pas – contrairement à ses collègues Elisabeth Borne et Brune Poirson – au Black Friday. Sans compter que le ministre de l’Economie et des Finances est un peu l’incarnation, disons-le, de tout ce qui détruit la planète, finalement… il fallait en discuter avec lui :

« Toute activité qui émet trop de CO2, qui n'est pas bonne pour la planète et qui dans le fond, détruit ce qui notre bien commun le plus précieux, on doit l'abandonner. »

Alors là, pause, on pourrait croire qu'il allait annoncer la fermeture de Total, mais il précise :

« On doit l'abandonner progressivement, mais on doit lui trouver une activité de substitution. »

« progressivement » c’est comme les petits astérisques – et le discours du gouvernement : une transition radicale, mais pas brutale :

« Ce sont des choix qui sont difficiles, je suis comptable aussi de cette transition écologique du point de vu économique, des emplois qui sont derrières des hommes et femmes qui travaillent dans des secteurs carbonés et à qui on dit "il faut changer". On doit les accompagner. Il ne faut pas que la transition environnementale se traduise par de la casse sociale. Il n'y a pas de baguette magique qui va nous permettre de changer le système économique du jour au lendemain. »

Pourtant c’est bien le système actuel qui est mis en cause par beaucoup de défenseurs de la planète : 

« Je suis d'accord que le système doit changer, le capitalisme doit opérer une révolution copernicienne, il faut que l'on change les fondements mêmes de notre modèle économique, ça c'est ce que je défends. Mais il doit être profitable et créer de la richesse pour les uns et les autres. »          
ajoute le ministre.

Selon lui donc, capitalisme responsable n'est pas antinomique, au même titre que croissance verte.
Pourtant, il vante la voiture, il ne s'est pas opposé au Black Friday, il inaugure les soldes, tout ceci est associé à l'hyper-consommation qui elle-même est remise en cause par la transition écologique, le message est donc confus : 

« Non, on peut aimer la voiture, ce qui est mon cas, faire du vélo, ce qui est aussi mon cas et se battre pour qu'il y ait des voitures qui soient les plus propres possibles et décarbonées. Je ne crois pas que transition énergétique veuille dire décroissance. Je suis un consommateur plutôt sobre, sans être un écolo radical, je ne suis pas obsédé à chaque moment de ma vie par le bilan carbone de ce que je fais, mais je crois à cette forme de sobriété : le tri des ordures, la gestion de l'eau, l'utilisation de la voiture, je ne suis pas non plus un boulimique de fringues. »

C’est beau tout ça non ? Mais que dit le ministre de l’Economie des 75 milliards d’euros investis dans les énergies fossiles en 1 an – quand dans le même temps seuls 41 milliards ont été investis pour le climat ?

« Ça prouve qu'il reste énormément à faire.»

C’est bien plus rapide comme réponse.

Et les banques qui continuent de financer des projets de mines de charbon, ou qui contribuent à la déforestation par exemple ?

« Je souhaite que nous ayons le plus rapidement possible une réglementation européenne transparente qui permette à chaque épargnant quand il dépose un euro dans une banque, de savoir quel est le bilan carbone de cette banque. »

Mais il n'y a pas de date fixée pour ce souhait. Pour les entreprises polluantes, la taxe carbone est toujours en cours de négociation. Bref, il y a l’intention, le discours, mais pas encore les actes. 

Ecoutez la version longue de l'entretien avec Bruno Le Maire : 

Entretien avec Bruno Le Maire, version longue - Camille passe au vert
 

10 min

Entretien avec Bruno Le Maire, version longue - Camille passe au vert

Par Camille Crosnier
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