La vente d'assiettes et de gobelets en plastique à usage unique est interdite depuis le 1er janvier. Mais Carrefour, Intermarché ou Franprix ont tenté de contourner la loi, avant d'être dénoncés par l'association Zero Waste France.

Des enseignes épinglées sur la vaisselle jetable
Des enseignes épinglées sur la vaisselle jetable © Getty / Keatichai Leechaikitjaroen / EyeEm

Depuis le 1er janvier, assiettes et gobelets en plastique ont disparu des rayons « vaisselle jetable »

Selon l’article 73 de la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte, publiée en 2015  : fini les « gobelets, verres et assiettes jetables en plastique », « conçus pour que leur détenteur s’en défasse à l’issue d’une unique utilisation », précise le décret d’application datant lui d’août 2016. 

Les couverts en plastique, eux, seront interdits – comme les pailles ou encore les touillettes, à partir du 1er janvier 2021. 

A priori, il ne reste aujourd’hui comme option pour les amateurs de pique-nique ou de goûter d’anniversaire, plus que la vaisselle en carton ou évidemment celle qu’on utilise tous les jours à la maison.

Seulement, plusieurs clients ont remarqué qu’il restait des assiettes et des verres en plastique dans les rayons

Rassurez-vous, ils portent la mention « réutilisable », auquel il faut ajouter la précision « jusqu’à 20 lavages » en lave-vaisselle, à maximum 60 degrés. 

L’association Zero Waste France les a pris au mot, c’est Thibault Turchet le responsable juridique qui a réalisé le test :

"Notre protocole a été réalisé avec le lave-vaisselle que nous avons dans nos locaux, dès le premier lavage, les assiettes ressortent toutes cabossées ou ondulées et certaines étaient cassées. Personne en réalité ne les réutilise, ne serait-ce qu'une seconde fois."

Expérience réalisée par l'association Zéro Waste
Expérience réalisée par l'association Zéro Waste / Zéro Waste

Incompréhensible puisque c’est écrit sur l’étiquette de ces assiettes Carrefour - en l’occurrence. Ils n’auraient tout de même pas cherché à contourner la loi et nous prendre pour des pigeons ?! 

La directrice des projets de la RSE, (responsabilité sociétale des entreprises), Agathe Grossmith, répond :

"Pas du tout, la réglementation a été précisément respectée, elle rétablit une limite pour distinguer les produits jetables des produits réutilisables, en fixant un critère à 20 lavages. Il y a des produits qui ont été supprimés et d'autres retravaillés et nous avons réalisé des tests qui montraient que ces 20 lavages étaient tout à fait possibles."

Alors, en admettant que madame Grossmith dise vrai sur les tests, il reste la question de la réglementation dont elle parle. 

Les 20 lavages sont-ils vraiment inscrits dans la loi ?

Non, ni dans la loi, ni dans le décret, qui en fait ont laissé un petit flou : assiettes et verres en plastique à usage unique interdits, donc quelle est « la limite », entre un usage et une réutilisation ? Les fameux 20 lavages, d’après une réponse dans une foire aux questions sur le site du ministère de l’environnement, qui au passage n’a pas de valeur juridique. 

Carrefour, et d’autres, comme Intermarché, ou Franprix et LeaderPrice, se sont engouffrés dans la brèche, ce qui est inacceptable pour la directrice de Zero Waste France Flore Berlingen :

"C'est vraiment une volonté de contournement qui doit être dénoncée. Ce sont des pratiques cyniques et irresponsables car c'est ne pas respecter la volonté du législateur et des consommateurs d'aller vers moins de plastique."

Pourtant Carrefour, par exemple, affiche bien partout son ambition « d’agir tous ensemble pour un monde durable et responsable » et Agathe Grossmith confirme :

"On a engagé un changement de modèle très important, quand on fait la chasse au plastique à usage unique dans nos magasins, quand on propose des solutions de réutilisation dans tous les rayons, clairement c'est un immense challenge."

Cela s’appelle pris la main dans le sac même s’ils refusent de le reconnaître. Dès que Zero Waste a sorti l’histoire en fin de semaine Carrefour a annoncé retirer les assiettes de la discorde. 

Quelle est la réaction du côté ministère de la Transition écologique

Ils ne sont pas contents du tout ! « C’est de la provoc, ils se foutent de nous… leurs engagements n’ont pas de sens si c’est pour qu’ils jouent avec la réglementation », voilà ce qui a été dit dans l’entourage d’Elisabeth Borne et de Brune Poirson. 

Un décret, du coup, précisant l’usage unique et les conditions de réutilisation, est en cours de rédaction pour éviter que ça se reproduise à l’avenir. Pendant que Zero Waste appelle les consommateurs à continuer de signaler ces agissements dans toutes les enseignes avec le hashtag #onlaissepaspasser. 

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