Comment expliquer le décalage entre les engagements pour la défense de la planète et les publicités diffusées sur l'antenne de France Inter ? Question posée par des dizaines d'auditeurs scandalisés par ce paradoxe. Il est donc temps de faire le point !

Voilà un sujet hautement sensible, sur lequel la médiatrice de Radio France relayait encore vendredi les dizaines de messages furax contre ce que cet auditeur qualifie de « beuglement inepte, mercantile et insupportable » : les « pubs de bagnoles », rage-t-il, des « logorrhées hystérisantes glorifiant les voitures qui contribuent à faire crever la planète à petit feu ». 

Lui, et beaucoup d’autres, en ont assez de ce décalage entre les principes et engagements affichés au travers de choix éditoriaux et d’émissions et le contenu de la publicité. 

Le directeur de la régie publicitaire de Radio France nous explique comme cela fonctionne. Il s’appelle Pascal Girodias et il est à la tête d’une équipe de 50 personnes.

Le placement d’une pub par rapport à tel ou tel thème d’émission ou tel ou tel invité - par rapport au contenu donc - serait une légende urbaine. La clé c’est la « performance », c’est-à-dire le type d’audience et le nombre d’auditeurs. Et la place de choix pour les annonceurs, c’est entre 7h30 et 8h, le pic à 16.000 euros brut les 30 secondes de pub, c’est le tarif maximum. Pour la Terre au Carré c’est 3890 euros les 30 secondes juste avant l’émission, et 1980 à la sortie avant qu’on passe le relais à la Marche de l’Histoire. 

Pourquoi entend-on beaucoup de pubs pour les constructeurs automobiles ? 

Parce qu’ils pèsent 30% du marché publicitaire.

"Imaginer une antenne où une régie se désintéresserait d'un secteur qui pèse 30% du marché publicitaire n'est pas tenable, donc oui nous les démarchons. J'ai un impératif de chiffre d'affaire." précise Pascal Girodias

50 millions d’euros par an, voilà ce que rapporte la pub à Radio France un montant colossal à l’échelle de l’entreprise. 

Radio France refuse en revanche dans un décret publié le 6 avril 2016, de vendre des espaces publicitaires aux promos de la grande distribution, qui est l numéro 1 des annonceurs, c’est pour cela que vous n’aurez jamais les 3 avocats bio du Pérou à 99 centimes.

Pour le reste, aucun choix « éthique », peut-être même politique n’a été fait. Laurence Bloch la directrice de France Inter l’assume, tout en s’interrogeant : 

« C'est compliqué pour nous d'afficher ces publicités, et en même temps je n'ai pas envie d'avoir cette position facile qui est de dire, "c'est un scandale cette publicité il faut toutes les enlever", non. Je pense que d'abord financièrement c'est impossible aujourd'hui. Je pense qu'il faut travailler sur une charte, en tout cas qu'il y ait une réflexion sur "comment est-ce qu'une radio de service publique comme France Inter, peut afficher une position qu'il fasse qu'il ait une cohérence entre ce que nous défendons et ce que nous avons sur l'antenne".» 

Ça pourrait avoir de la gueule de bannir les pollueurs de l’antenne, non ?

Trop manichéen pour la patronne, qui veut d’abord s’emparer du positionnement des pubs, la compagnie aérienne à la fin de l’émission ou la grosse voiture de luxe le matin après votre Edito carré Mathieu ça fait vraiment tâche, et ça nous décrédibilise.Nous avons d'ailleurs échappé aux parrainages et Pascal Girodias a donné quelques éléments :

"Nous avons eu des constructeurs automobiles qui voulaient se positionner, nous avons eu beaucoup de demande."

Les annonceurs n’ont décidément peur de rien !  A nous donc, de réfléchir à des solutions - Laurence Bloch compte sur nous, donc chers auditeurs, à vos suggestions.

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