L'animateur de l'émission Sur les épaules de Darwin a, sans le savoir, donné l'idée à un militaire d'initier un grand programme de recherche visant à utiliser la sensibilité des oiseaux migrateurs pour améliorer les dispositifs d'alerte au tsunami ou au cyclone.

Des centaines d'oiseaux migrateurs
Des centaines d'oiseaux migrateurs © AFP / Derrick Ceyrac

Tout commence un samedi matin en janvier 2016. Le Capitaine de Vaisseau Jérome Chardon, dans sa cuisine est à l’écoute de l’émission Sur les épaules de Darwin. Il entend la chaleureuse voix de notre confrère raconter comment des oiseaux migrateurs, pourtant épuisés par leur long voyage, ont fui leur site d’arrivée, deux jours avant la survenue d’un puissant ouragan.  

Vient alors une idée à notre militaire : si certains oiseaux sont capables de détecter les signes avant-coureurs d’évènements météorologiques extrêmes, pourquoi ne pas équiper ces animaux de balise GPS pour les suivre, et utiliser leur changement de comportement anormaux pour donner l’alerte ?

Bien décidé à creuser la question, le capitaine de vaisseau contacte des scientifiques du Muséum national d’Histoire naturelle pour leur soumettre son idée. Et ils sont intéressés ! D’autant que peu d’études ont été réalisées dans ce domaine.

Frédéric Jiguet, professeur en biologie de la conservation au Muséum et et directeur adjoint du CRBPO, propose même d’aller plus loin. Selon lui, cette capacité des oiseaux à sentir arriver les tornades ou les cyclones, pourrait être liée à leur aptitude à percevoir les infrasons. Dans ce cas, les oiseaux pourraient aussi anticiper la survenue d’autres types de catastrophes comme les séismes ou les tsunamis. 

De fil en aiguille, un programme de recherche se construit. S’y agrègent d’autres partenaires tels que le Ministère de la transition écologique, Météo France ou encore l’Office français de la biodiversité. Tous mettent la main à poche pour financer ce projet à hauteur d’un million d’euros sur trois ans. Projet qui est remonté jusqu’au cabinet  du premier ministre pour validation.

Tel le battement d’aile d’un papillon donnant naissance à un ouragan, l'histoire d’oiseaux racontée par Jean-Claude Ameisen, a conduit une équipe de scientifiques à embarquer en janvier dernier sur un navire de la Marine Nationale dans le Pacifique. Lors de cette première expédition, grâce à l’aide des militaires, les chercheurs ont débarqué sur des atolls reculés et inhabités de l’archipel polynésien des Tuamotu. Sur place, ils ont équipé des oiseaux avec des balises GPS ultra légères. Nom de code de l’opération : Kivi Kuaka. Un nom qui fait référence à deux des 5 espèces d’oiseaux migrateurs étudiées : Kivi est le nom polynésien du Courlis d’Alaska et Kuaka signifie Barge rousse en Maori.

L’étude commence à peine. L’avenir dira si elle débouche ou non sur la mise au point de nouveaux systèmes d’alerte plus efficaces, intégrant les déplacements des oiseaux. Mais d’ores et déjà démonstration est faite du pouvoir de la voix de Jean-Claude Ameisen.

La réaction de Jean-Claude Ameisen prenant connaissance de cette histoire : 

L'essence même de l'émission, plus qu'une transmission de connaissances, c'est de donner envie de rêver et de continuer. Le fait que ça puisse se traduire par un projet de recherche entre tout à fait dans cet esprit. Ce que je trouve très beau, c'est que ça témoigne du fait que cette émission s'inscrit dans ce qui la dépasse

Pour en savoir plus : le site du programme de recherche Kivi Kuaka 

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